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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/112

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Mme de Rumford laisse une fortune de près de trois cent mille livres de rentes. Le bel hôtel entouré de vastes jardins qu’elle habitait dans la rue d’Anjou-Saint-Honoré est légué à la ville de Paris, à condition que le terrain qui l’entoure sera converti en une place qui portera le nom de Lavoisier, son premier mari. De plus, elle a laissé une assez forte somme destinée à l’érection d’un monument en bronze ou marbre qui sera placé au milieu de cette place, toujours en mémoire de M. de Lavoisier.

Le chevalier de Puisieux, ami de Mme de Rumford, qu’elle chargeait souvent de l’arrangement de ses concerts, arriva, une heure après sa mort, à la porte de l’hôtel. Comme on faisait des difficultés pour le laisser entrer, il dit au portier :

— Il est indispensable que je voie Mme de Rumford ; j’ai à lui rendre compte des arrangemens que j’ai faits pour son concert de vendredi.

— Je crois pouvoir dire avec certitude à M. le chevalier que le concert n’aura pas lieu, reprit le portier.

— Et pourquoi ?

— C’est que madame vient de mourir !

— En ce cas, rue de la Pépinière, n° 117, ordonna le chevalier à son cocher, sans se déconcerter.

La comtesse de Sparre, que j’ai rencontrée chez la duchesse Decazes, m’a dit que Mmc de Rumford, il y a huit jours à peu près, avait eu le pressentiment de sa mort et qu’elle (Mme de Sparre) lui ayant demandé des nouvelles de sa santé, elle lui avait répondu : « Très mal, ma chère, très mal, ne parlons pas de cela. Racontez-moi quelque chose de gai, je veux me divertir durant le peu de jours que j’ai à vivre. »

Elle avait rencontré le même jour son notaire, chez une dame de ses amies, et lui avait dit : « Venez chez moi demain, je veux finir mon testament, demain sans faute, à onze heures ; vous déjeunerez avec moi. »

Puis, sans répondre aux questions qu’on lui faisait à ce sujet, elle parla le plus gaiement du monde des nouvelles du jour et des petits cancans qu’elle aimait à la folie.


28 février. — J’ai diné vendredi dernier chez lady Granville. Il y avait là une singulière réunion de femmes spirituelles, de femmes aimables, de femmes politiques. Parmi les femmes aimables, je citerai d’abord lady Granville, qui ne le cède à