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Page:Revue des Deux Mondes - 1914 - tome 21.djvu/107

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contemporains n’auraient pas manqué d’empâter ce croquis n’est-elle pas un de ces empiétemens d’une forme d’art sur une autre où un compatriote de Paul Heyse, le judicieux Lessing, dénonçait déjà une grande erreur moderne ?

Le style de Paul Heyse est à la mesure de son esthétique et de sa philosophie. Il est uni, coulant, ennemi de toutes les aspérités. Et cette correction ne va pas toujours sans froideur ni cette élégance sans uniformité. Tous les personnages de Paul Heyse parlent la même langue frisée au petit fer. Tous, dans les momens les plus pathétiques, s’étudient encore à parler bien, trop bien. Il y a moins de force dans ce style que de grâce. La grâce, il faut toujours y revenir quand on parle de Paul Heyse. Elle est l’attribut essentiel de son langage comme le caractère dominant de ses personnages : « Si l’on peut parler des profondeurs de la grâce, a dit un critique, le poète a plongé dans ces profondeurs. Sa sympathie instinctive pour la grâce comme puissance universelle et puissance vitale lui manifesta une richesse de sujets, de figures, de situations qui semblait presque inépuisable. »

Pour être tout à fait sincère, il faut ajouter que la grâce de Paul Heyse s’essayait parfois à faire « des grâces, » ce qui n’est guère plaisant. Paul Heyse n’est pas toujours léger. De loin en loin, je ne sais quel tour un peu guindé, quel badinage un peu empesé déparent une page ravissante. L’auteur de Lothka ignorait presque totalement l’ironie, mais il avait souvent, sinon de l’esprit à la française, du moins un humour fait de gaité et de naturel qui relevait heureusement ce que ses historiettes avaient d’un peu fade. Enfin, l’humour de Paul Heyse restait toujours d’excellente compagnie. Cet auteur avait respiré l’air de cour à Munich, sous le roi Max. Sa littérature en gardait un cachet spécial.

Il est même permis de penser que le souci du bon ton entraînait parfois Paul Heyse un peu loin. Par crainte d’un mot bas, il lui arrivait de dévider des périphrases dont l’abbé Delille eût séché de jalousie. La logeuse de M. Jonathan, une brave femme du peuple sans malice et qui devait parler tout droit comme la Martine de Molière, annonce â son locataire que Gesine est accouchée d’un enfant mort-né qu’on a furtivement porté en terre. Et voici en quels termes elle s’exprime : « Vous ne le répéterez pas, monsieur Jonathan, mais je le tiens d’une