Page:Revue des Deux Mondes - 1913 - tome 16.djvu/489

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Le maréchal répondit qu’il le connaissait depuis longtemps, que c’était un homme de cœur, un homme d’honneur, dans lequel l’Empereur pouvait avoir confiance.

Ce témoignage dissipa les hésitations de l’Empereur ; il revint se mêler à la discussion, et la termina en disant à Trochu : « Vous venez d’entendre Napoléon, est-ce que vous accepteriez cette mission ? » Trochu se leva et répondit : « Sire, dans la situation pleins de périls où est le pays, une révolution le précipiterait dans l’abime. Tout ce qui pourra être fait pour éviter une révolution, je le ferai. Vous me demandez d’aller à Paris, de prendre le commandement en chef, de vous annoncer à la population, je ferai tout cela ; mais il est bien entendu que l’armée du maréchal de Mac Mahon devient l’armée de secours de Paris, car nous allons à un siège. On m’a représenté comme étant hostile à Votre Majesté ; j’ai eu avec le gouvernement de l’Empereur des dissentimens ; mais, dans ce moment, je dois dire que jamais votre personne n’a été mêlée à ces dissentimens. »

L’Empereur répondit : « Je comprends ces dissentimens ; aujourd’hui, il n’en peut être question. Je vais écrire à l’Impératrice et au Conseil des ministres. » Le prince Napoléon se leva vivement : « Comment ! vous allez écrire à l’Impératrice, mais vous n’êtes donc plus souverain ? Il faut prendre une résolution sans retard et que le général Trochu parte tout de suite. — Mais, objecta l’Empereur, il faut que mon décret soit contresigné. — Rien de plus simple, répondit le prince, le général Trochu emportera vos décrets à Paris, là ils seront contresignés par un ministre : qui est-ce qui ne comprendrait pas la nécessité de cette mesure et refuserait de s’associer au projet de Votre Majesté[1] ? »


II

L’Empereur hésitait cependant. « La difficulté de forme me préoccupe, disait-il ; je suis souverain constitutionnel. » Le prince fut tellement pressant que l’Empereur céda enfin, et il fut décidé qu’il signerait immédiatement la nomination de Mac Mahon chef de l’armée de Châlons et celle de Trochu gouverneur de Paris. Seulement il pensait qu’il vaudrait mieux que

  1. Carnet du prince Napoléon.