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tentions, qui se]sont particnlièrement produites dans le paiti radical. En vain avait-on mis la « défense laïque » dans l’ordre du jour : cette formule habituellement si alléchante a laissé les radicaux insensibles. En revanche, elle n’a pas empêché une partie de la droite de voter pour le ministère, comme si, d’un côté comme de l’autre, on ne prenait pas le mot au pied de la lettre et on ne lui donnait pas toute sa valeur. On s’est reconnu, on s’est tâté, mais surtout on s’est réservé. Y avait-il d’ailleurs autre chose à faire? Personne ne songeait vraiment à renverser le ministère qui venait de naître et à obliger M. Fallières à en édifier un nouveau. Nous sommes dans une période de trêve, entre deux Présidens dont l’un n"a pas encore l’exercice de ses pouvoirs et dont l’autre, arrivé à l’expiration des siens, n’en a guère plus que l’ombre. Il serait cruel de mettre dans le dernier mois, dans les dernières semaines de M. Fallières, plus d’agitation qu’il n’y en a eu dans tout son septennat. La grande actidté parlementaire ne reprendra qu’après le 17 février. Enfin plusieurs députés ont pensé peut-être, avec le commandant Driant, que la situation extérieure était grave. «Des événemens irréparables, a-t-il dit, pourraient surgir demain, et la France serait le seul pays qui n’aurait pas de gouvernement !

» Dans ces conditions, il a voté l’ordre du jour de confiance 

sans se préoccuper de ce qu’il contenait : et sans doute il n’a pas été le seul.

La situation extérieure mérite, en effet, une attention et des ménagemens particuliers : c’est le cas de répéter que, s’il ne faut pas la prendre au tragique, il faut du moins la prendre très au sérieux. Dans le dernier discours qu’il a prononcé devant les Chambres, M. Poincaré a dit que si la guerre éclatait de nouveau, dans les Balkans, entre les Turcs et les alliés, il deviendrait plus difficile qu’autrefois de l’empêcher de s’étendre. De ces prévisions inquiétantes, la première partie semble être sur le point de se réaliser : qu’en sera-t-il de la seconde? Rappelons brièvement ce qui s’est passé. La réunion des ambassadeurs avait fait de bonne besogne à Londres. Elle était arrivée à rédiger une note qui, grâce aux concessions mutuelles qu’on avait dû se faire, n’était ni très énergique, ni même très pressante, mais qui donnait cependant à -la Porte le conseil formel de céder Andrinople aux ciliés et de s’en remettre aux puissances pour le règlement de la question des îles. La note a été remise. La Porte la connaissait d’ailleurs par avance, sinon dans son texte, au moins dans son esprit, car tout maintenant s’élabore au grand jour, et la diplomatie n’a plus