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Page:Revue des Deux Mondes - 1913 - tome 13.djvu/482

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476 REVUE DES DEUX MONDES.

Les Turcs ont été invités, non sans rudesse, à présent’ dos propositions dans ce sens. Ils ne l’ont point fait : à la séance suivante, ils se sont contentés d’offrir une plus large bande de territoire dans le vilayet d’Andrinople, mais en conservant la ville et toutes les îles. Alors, les délégués des alliés ont perdu patience, plus, certainement, qu’il ne convient à des diplomates, et sous une forme brève, sèche, dure, ils ont enjoint aux Turcs de présenter à la prochaine séance des propositions définitives par lesquelles ils abandonneraient purement et simplement Andrinople et les îles, faute de quoi les négociations seraient rompues. C’était un ultimatum; c’était un sic volo, sic jubeo qui coupait court à toute négociation nouvelle; les alliés exigeaient une réponse par oui ou par non. Des mots extrêmement vifs ont été échangés, et le premier délégué ottoman, Rechid pacha, qui ne s’était jamais départi jusque-là des formes les plus courtoises, les plus doucement poUes, a pris à son tour un ton sec et cassant. Si on l’en avait pressé, il aurait répondu par un refus mmédiat d’ « obtempérer, » comme le lui demandait M. Venizelos, aux injonctions des alUés. On en a d’ailleurs eu tout de suite l’impression très claire : la conférence ayant assigné aux délégués turcs un délai de quatre ou cinq jours pour leur donner le temps de solhciter de nouvelles instructions de leur gouvernement, ils ont répondu que c’était inutile et ont proposé que la prochaine séance eût lieu le surlendemain. Les Turcs pressés de conclure I Les Turcs refusant des délais! Le phénomène était nouveau : il indiquait de leur part une résolution prise sur laquelle ils ne reviendraient pas, peut-être aussi une exaspération dont ils n’étaient plus maîtres. Si les choses avaient suivi leur cours normal dans la voie où on les avait imprudemment engagées, c’était la guerre certaine, et il faut bien dire, comme les Turcs n’ont pas manqué de le faire, que toute la responsabihté en serait retombée sur les alUés. L’ultimatum de ceux-ci commençait par les mots : « Les délégués alhés constatent avec regret que les délégués ottomans ne tiennent pas compte des résultats de la guerre. » On aurait tout aussi bien pu leur répondre que c’était eux qui n’en tenaient pas compte puisqu’ils revendiquaient des territoires et des villes qu’Us n’avaient pas conquis. Mais à quoi bon? Les choses étaient déjà assez compromises pour qu’on ne les aggravât pas encore davantage par des polémiques devenues inutiles. On en était à la rupture ; on y touchait. Seule une intervention de l’Europe pouvait l’empêcher de se faire, et heureusement cette intervention a eu lieu. Sir Edward Grey, qui a joué le principal rôle dans cette affaire, a