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Page:Revue des Deux Mondes - 1913 - tome 13.djvu/449

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443 Te laisseras-tu prendre au charme des voyages? Tes yeux aimeront-ils les nouveaux paysages? Le multiple décor de ce monde changeant? Ou la sauvage Ecosse aux collines rosées ? Ou l'Italie et la splendeur de ses musées ? Ou la Suisse et ses lacs d'argent? Sauras-tu pénétrer la tristesse des choses ? Croiras-tu quelquefois, en respirant des roses,' T'imprégner du parfum grisant de l'univers ? Ton cœur frémira-t-il à la musique douce ? Au murmure berceur d'un ruisseau sous la mousse ? A la caresse d'un beau vers ? Auras-tu comme moi l'horreur des âmes viles? De l'intérêt brutal, des actions serviles, De tout ce qui veut l'ombre et tremble à la clarté ? Par contre, aimeras-tu la gaillarde franchise, L'honnête bonhomie, et cette fleur exquise Que l'on appelle la Bonté ? Auras-tu la pitié des misères frôlées? Comprendras-tu le deuil des âmes désolées, Et de tout ton pouvoir le soulageras-tu? Plus que les triomphans, qu'on loue et qu'on encense. Sauras-tu vénérer l'humble et discret silence Qui souvent cache la vertu ? En ce monde où tout passe et fuit à tire-d'aile«  Sentiras-tu le prix d'une amitié fidèle ? Après moi, sauras-tu d'un souvenir pieux Entourer les chers morts que j'aime et que je pleure? Sauras-tu, dans ton cœur comme dans ta demeure. Garder le culte des aïeux?