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Page:Revue des Deux Mondes - 1913 - tome 13.djvu/237

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exercée sur lui, ne s’est pas laissé ébranler. On lui a dit vainement que la République était perdue s’il ne consentait pas à la sauver ; il a eu le bon esprit de n’en rien croire. Il a fort bien compris que ses prétendus amis, en lui mettant la candidature sous la gorge, songeaient plus à eux qu’à lui et à la République, et il leur a finalement opposé un refus définitif. Cette résolution lui fait honneur ; il ne faut jamais accepter des fonctions qu’on ne se sent pas en état de remplir. Sa présidence, s’il l’avait acceptée ou subie, aurait été provisoire et précaire. Il a été fidèle à son caractère en s’y refusant et il faut lui savoir gré de l’avoir fait.

La présidence de la République comporte effectivement aujourd’hui et elle comportera encore plus demain des responsabilités qui pourraient être fort lourdes. Sans être pessimiste à l’excès, il est difficile de ne pas entendre certains bruits, certains craquemens sourds qui donnent à penser que des devoirs nouveaux s’imposeront à notre gouvernement. On disait déjà autrefois que les constitutions n’étaient pas des tentes dressées pour le sommeil : le mot est encore plus vrai maintenant. L’opinion, qui a été longtemps engourdie, se réveille ; elle a le sentiment et comme l’instinct que des dangers sérieux peuvent se présenter tout d’un coup et elle se préoccupe des moyens d’y faire face ; l’énergie est à la mode et nous prenons le mot dans le bon sens ; le mot de patrie résonne plus fortement ; l’armée, qui nous a toujours été chère, semble l’être devenue davantage. Les pouvoirs publics resteraient-ils seuls en dehors de ce mouvement général des esprits et des cœurs ? Le moment viendra, qu’on en soit sûr, où, bon gré mal gré, il faudra sortir de la Constitution toutes les ressources qu’elle contient, et alors l’importance de la fonction présidentielle reprendra toute sa valeur. Elle vaudra d’ailleurs ce que vaudra l’homme lui-même qu’on aura appelé à l’exercer. Croit-on qu’il soit indifférent d’avoir à l’Élysée un homme qui connaisse toutes les questions, tant intérieures qu’extérieures, auxquelles est attachée la vie de l’État, qui puisse les traiter avec une compétence reconnue, qui enfin, au milieu de l’inévitable mobilité des ministères, — et ce n’est pas assez de parler des ministères, car tout est mobile dans la République, — soit à même de maintenir quelque fixité à la direction de nos affaires ? Nous ne prononcerons aucun nom ; hier on n’en prononçait aucun, aujourd’hui on en prononce trop. Contentons-nous de dire que les deux qualités actuellement indispensables à un président de la République sont l’expérience et l’autorité, et que si le Congrès de Versailles comprend, le 17 janvier, son devoir envers