Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/962

Cette page n’a pas encore été corrigée


l’Autriche aussi bien que de la Russie, et ce n’est pas elle qui les mettra en opposition les uns contre les autres. Il ne dépendra pas d’elle que l’Allemagne n’ait pas à expérimenter les conséquences de son alliance avec l’Autriche, conséquences dont elle ne chercherait pas tant à effrayer le monde, si elle en était elle-même tout à fait rassurée.

Maintenant, les regards se détournent des Balkans pour se porter du côté de Londres, et le vieux mot revient à la pensée que la question d’Orient est avant tout une question d’Occident. Il est cependant moins vrai qu’autrefois, depuis que les puissances balkaniques ont grandi dans leur indépendance reconquise et qu’il faut tenir compte de l’élément inopiné qu’elles ont introduit dans la politique générale. La situation nouvelle trouve son symbole dans la juxtaposition, à Londres, d’une conférence balkanique et d’une réunion d’ambassadeurs ; c’est un spectacle qui ne s’était pas encore vu ; les deux groupes travailleront parallèlement et l’influence qu’ils auront nécessairement l’un sur l’autre rendra plus facile l’œuvre finale que les puissances auront à consacrer. Qui sait même s’ils ne feront pas cette œuvre tout entière ? A quoi servent les ambassadeurs, sinon à dissiper les malentendus entre les gouvernemens, à éviter les heurts, à chercher les compromis satisfaisans ? Ce qu’ils font individuellement auprès de chaque gouvernement, ils pourront le faire collectivement à Londres où ils seront, en quelque sorte, les représentans de l’Europe auprès ou à côté des pays balkaniques : situation originale, qui peut rendre de grands services en permettant aux oppositions de se produire avec moins de danger et de se réduire avec plus de facilité. En tout cas, on finira par savoir ce que chacun pense, ce qu’il désire, ce qu’il veut, et, dans la nuit où nous sommes, ce rayon de lumière sera le bienvenu.


FRANCIS CHARMES.

Le Directeur-Gérant, FRANCIS CHARMES.