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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/947

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anglais, décrits par Dickens dans ces pages qui touchent et attendrissent : la dure physionomie de miss Betsy Trotwood, Mr Murdstone avec ses sourcils réguliers et son teint mat, les jeux sur la plage en compagnie de la petite Emilie, Mrs Micawber et sa famille, l’arrivée à Canterbury, la présentation à miss Larkins, Mr Micawber dans son élément, Mr Peggotty, tous ces tableaux évoqués par l’imagination lucide du poète, vivant par sa sensibilité et sa verve incomparable.

Au nombre de ces ouvrages de la Librairie Hachette qui se distinguent entre tous par le luxe de l’édition, la recherche, l’originalité et la nouveauté des illustrations, se placent en première ligne les Fables d’Esope [1]et Siegfried et le Crépuscule des Dieux [2]où M. Arthur Rackham a déployé la magie de ses visions étranges et prodigieuses, son inépuisable inspiration, son imagination fantastique.

Les compositions en noir et eu couleurs d’Arthur Rackbam pour les apologues du moraliste grec du VIe siècle avant J.-C, transformés en fables au moyen âge où tout recueil de ce genre porte le nom d’Isopée, plairont par un mélange de merveilleux et de réalisme. Elles font songer à ces êtres enchantés des bosquets de verdure du vieux Versailles, à ces animaux tenant à la fois du monde antique et du monde médiéval, et qu’extasiait la vue du nain bossu, coiffé d’un bonnet phrygien, la taille ceinturée, les jambes difformes entourées de bandelettes. Mais où la verve exaltée de l’artiste novateur s’est donné carrière, c’est dans sa virtuosité à interpréter les conceptions wagnériennes : la clarté bleue des forêts, et les profondeurs pourprées des nues, le charme de Brunehilde opposé à la hideur du dragon et des monstres. Sur une autre légende des bords du Rhin, Ondine [3], le prestigieux illustrateur des poèmes wagnériens qui forment la Tétralogie, a composé vingt-quatre tableaux où il évêque une fois de plus le monde merveilleux des héros et des fées, et semble réaliser l’immatériel en donnant un visage au rêve.

On peut opposer aux Fables d’Ésope, la légende même de la vie animale contée par Rudyard Kipling dans le Livre de la Jungle [4], sorte d’épopée primitive reculée dans l’inexploré des formes inférieures de l’être où, au lieu d’être humanisées, les bêtes gardent leur réalité dans toute sa puissance, tandis que la loi de la Jungle prime les Codes humains. Tout le monde voudra lire dans cette superbe édition, illustrée par un habile animalier, M. R. Reboussin, l’aventure de Mowgli.

Parmi les œuvres d’imagination éditées avec un luxe de bon goût et qui se distinguent par l’intérêt des sujets traités et l’éclat de

  1. Hachette.
  2. Hachette.
  3. Hachette.
  4. Ch. Delagrave.