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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/938

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j’avais imaginé que son intention était de m’écraser : triais les deux médecins, qui ne l’avaient jamais approché avant cette fatale maladie, et ne se faisaient aucune idée de ce qu’avait d’extraordinaire une telle action de sa part, se sont bornés à sourire avec un regard satisfait, supposant probablement que c’était là sa manière habituelle de me saluer !

Après quoi, le pauvre Roi s’est mis à me parler si tendrement de son plaisir à nie revoir que bientôt j’ai perdu toute ma terreur. L’étonnement de le retrouver si maître de ses pensées, et ma propre joie de le sentir si heureux m’ont débarrassée de toute impression de malaise ; et peu s’en est fallu vraiment que je me jetasse à ses pieds pour lui exprimer le ravissement que me causait la certitude de sa guérison prochaine.

Pendant plus d’une heure, le pauvre Roi se promène au bras de Fanny Burney. Il s’informe de sa santé, de ses travaux littéraires, lui exprime ses regrets des avanies qu’elle est contrainte à subir de la part de la vieille Mme de Schwellenberg : « Ne faites pas attention à elle ! Ne lui permettez pas de vous rudoyer ! Rappelez-vous que je suis votre ami ! » A plusieurs reprises il lui répète ces derniers mots, d’une voix toujours plus vibrante. Puis soudain il s’arrête, oblige Fanny à s’arrêter, et s’écrie, en appuyant solennellement sa main sur sa poitrine : « Je vous promets de vous protéger ! Comptez sur moi ! » évidemment l’entretien, avec tout le plaisir qu’il en a, commence à l’agiter plus que déraison. Enfin les médecins font signe à la jeune femme d’avoir à s’éloigner. « De nouveau, il m’a saluée tout à fait de la même manière qu’au début de notre rencontre, et puis, tristement, il m’a laissée partir. »


T. DE WYZEWA.