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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/915

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Revue dramatique


PORTE-SAINT-MARTIN : Les Flambeaux, pièce en trois actes par M. Henry Bataille. — VARIETES : L’Habit vert, comédie en quatre actes par MM. Robert de Flers et A. de Caillavet.


M. Henry Bataille est l’auteur d’un théâtre très spécial, et auquel on ne peut refuser d’avoir sa marque bien à lui. Plus encore que brutal, ce théâtre est morbide. Les personnages dont on y étudie la mentalité singulière et bizarre, exceptionnelle et anormale, sont des déséquilibrés, des détraqués, des névrosés. Victimes le plus souvent de quelque tare physiologique, ils ne sont pas dans les conditions de l’humanité moyenne, saine et bien portante. Les propos qu’ils tiennent, propos de malades, de fous lucides, de maniaques suivant leur idée fixe, sont ce qu’on peut imaginer à la scène de plus irritant. Ils agissent sur nos nerfs. Comme d’autres émeuvent, ils exaspèrent. L’auteur nous demande de sympathiser avec les anomalies de la nature et les perversions du sentiment. Et dans quel monde il lui arrive de nous transporter ! Sa dernière pièce évoluait dans un milieu de filles, de larbins, de bookmakers, et contait tout au long une histoire de chantage. A-t-il changé de manière ? Voici maintenant qu’il nous conduit dans une sphère totalement différente. Les êtres qu’il choisit cette fois pour types, sont des êtres supérieurs, d’une intelligence lumineuse qui rayonne sur l’univers entier, qui éclaire la route, et qu’on appelle pour cette cause les « flambeaux. » La société qu’il dépeint est encore une société exceptionnelle, mais parce que l’élite est une exception. Ceux qui la composent, compagnons d’études et de recherches désintéressées, mettent en commun les plus hautes facultés, celles qui font la noblesse de notre nature. Leur fraternité est celle du génie. Leurs existences sont uniquement tendues vers un but, la découverte des secrets de la vie, ayant pour conséquence le