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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/91

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écuries monumentales de Chantilly qui pouvaient en contenir 240. Quoique l’on eut fait, au dire de l’avocat Barbier, une réforme des 1 000 chevaux ( ? ) dans les écuries du Roi pour raison d’économie (1755), la « petite écurie » comptait encore 870 têtes, moitié de selle et moitié de carrosse ou de chaise. Et le personnage qui tient ce chiffre de « M. le Premier » reconnaît qu’on ne pourrait se passer à moins : « Tout cela était bien occupé, la famille royale étant nombreuse et allant deux fois par semaine à la chasse. »

Les chevaux répondaient à beaucoup plus de besoins : sur 64 que possède le cardinal de Richelieu, il y en a 32 pour les charrettes et les fourgons qui transportent meubles, tapisseries, vaisselle, matériel de cuisine et bagages divers. Le duc de Croy joint à ses 17 chevaux 14 « superbes mulets » de chariot ; le mulet, le sommier, qui figuraient encore sous Louis XV dans toute maison bien montée, étaient de première nécessité en temps de guerre : Saint-Simon se contentait de 20 chevaux à l’époque où, mestre-de-camp assez honoraire, il vivait à Versailles en homme de cour ; il avait emmené 35 chevaux ou mulets lorsqu’il était parti pour la première fois en campagne comme simple mousquetaire (1692).

A l’allure paisible qu’un carrosse ne pouvait dépasser dans les rues étroites de la capitale, deux chevaux suffisaient à traîner ce long et lourd véhicule ; hors Paris, on en attelait six. Les parvenus et les superbes qui, à l’imitation des princesses du sang, sortaient en ville à 6 chevaux, s’exposaient au ridicule : « Les Crispins, dit La Bruyère, se cotisent et rassemblent dans leur famille jusqu’à 6 chevaux pour allonger un équipage qui, avec un essaim de gens de livrée où ils ont fourni chacun leur part, les fait triompher au Cours ou à Vincennes et aller de pair avec les nouvelles mariées et avec Jason qui se ruine. »

Mais de ces écuries surpeuplées et de ces attelages à six et même à huit chevaux, — il s’en vit de tels sous Louis XV, — combien y en avait-il tant à Paris qu’en province ? Un nombre tout à fait insignifiant. A la campagne, la généralité des châtelains avaient deux chevaux de voiture ; dans les villes du XVIIIe siècle, presque toutes de médiocre étendue, une chaise à porteurs suffisait aux gens aisés. Ils n’auraient su que faire d’un carrosse à l’ordinaire de la vie ; s’ils en possédaient un pour les voyages, ils le laissaient remisé chez un loueur qui en prenait soin, moyennant un forfait annuel.

Les chevaux de luxe, aujourd’hui où les riches capables d’en