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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/905

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française appliquée on ferait, je l’ai toujours dit, une très belle France libre, une admirable France libre, mais une France qui ne ressemblerait en rien du tout à l’ancienne France.

L’histoire de France depuis 1620 c’est la monarchie confisquant toutes les libertés françaises, l’Empire continuant de les confisquer, la Démocratie, par un détour, les confisquant encore davantage. Mais la différence cependant de l’ancien régime au nouveau c’est que le régime parlementaire est par lui-même la liberté nationale, qui fait la nation indépendante de celui qui règne, est par lui-même la République. Nous sommes en République depuis 1789.

Et cette République peut, sous un consul génial et populaire, être asservie ; et elle peut par elle-même être effroyablement despotique ; je l’ai assez dit pour que l’on croie que je le sache ; mais elle est en son essence la liberté nationale et la liberté nationale est bonne en ceci que, sous le régime qu’elle constitue, on peut conquérir des libertés particulières qu’elle pourra garantir, ce qui est bien peu de chose, me direz-vous ; ce qui vaut mieux, vous répondrai-je, qu’un régime où les libertés particulières ne peuvent qu’être suspectes et être violées et ne peuvent, du reste, être garanties par rien du tout.

De l’idée de Le Play sur la liberté plus grande sous l’ancien régime que depuis sa chute, voilà ce que j’avais à dire.

Du reste, partant de la très belle et très juste définition de la liberté qu’il a donnée et que nous avons consignée plus haut, il montre bien,, il conclut très bien que la liberté ainsi comprise est très bonne parce qu’elle est une contrainte. Mais oui, et tout libéral le sait bien. La liberté étant le droit de faire tout ce qui ne nuit pas au droit d’autrui et tout ce qui ne nuit pas à l’intérêt général, est très restreinte, et, en dernière analyse, on s’aperçoit que, l’individu étant tout seul et les autres étant très nombreux et le droit de l’Etat, son droit vrai, à savoir la sauvegarde de l’intérêt de tous étant encore très considérable, la liberté est plus limite qu’elle n’est élargissement. On s’aperçoit de plus qu’elle est surtout le respect de la liberté des autres, ou qu’elle ne se fait sentir de nous, comme impérieuse, imposante et vénérable, que dans le respect de la liberté des autres, que par conséquent, en dernière considération, elle est une charité, une fraternité et donc une contrainte morale, une admirable et infiniment salutaire contrainte morale, mais une contrainte et