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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/900

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journaux qui t’arriveront en même temps que cette lettre te donneront les détails que nous avons nous-mêmes.

Quelques personnes ont pu aller à Paris hier et suivre les troupes. Elles rapportent l’impression du spectacle le plus lamentable dans les quartiers bombardés. Les troupes sont magnifiques : la population les a reçues à bras ouverts dans le quartier de Passy et des Champs-Elysées. Montmartre vient d’être pris. On va isoler les insurgés barricadés dans les Tuileries et on les prendra sans trop de pertes, je l’espère.

Jusqu’à présent nous avons perdu peu de monde. Les insurgés ont dû en perdre bien plus. Les soldats sont très montés et cela s’explique. On l’ait beaucoup de prisonniers : on les cantonne à Satory. Il y a quelques braves gens qui sont heureux d’être pris. La grande majorité est de l’atroce canaille. J’ai vu passer une trentaine de femmes, — il y avait des cantinières et aussi des amazones de la Commune : quelques-unes étaient jeunes, elles n’avaient rien d’horrible ni d’insolent, elles faisaient pitié. Il y en a d’autres qui sont de vraies tricoteuses.

Versailles présente une animation extraordinaire.

M. Thiers a eu une ovation à la Chambre : il la mérite. Bien que j’aie fort peu d’idées qui soient les siennes, je l’ai toujours soutenu dans cette affaire et j’en suis aise. Tout l’honneur lui en revient. Il a eu la conception et il a dirigé l’exécution. Les officiers n’ont fait que le détail.


ALBERT SOREL.