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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/894

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Quoi qu’il arrive, on aura fait, au point de vue militaire, tout ce qui était possible. Si Paris est pris dans un temps donné, il me parait difficile qu’il n’y ait pas un appel au peuple, cl si cet appel a lieu, il aboutira à la paix. Mais il ne faut pas se dissimuler que nous entrerons dans une crise intérieure dont chez nous on souffrira peu, mais qui dans beaucoup de provinces et pour l’ensemble du pays sera cruelle. Je voudrais donc que, tant qu’il restera une chance de succès, on continuât la guerre, à moins qu’il ne fallût pour cela marcher contre la volonté déclarée du pays et user de moyens révolutionnaires.


30 janvier.

A son père.

La nouvelle de l’armistice était absolument inattendue pour nous. Sans doute on devait être instruit dans une certaine mesure des négociations de Versailles ; mais nous n’en savions que ce qu’en disaient les journaux anglais. Depuis dix jours j’avais perdu mes dernières espérances de succès. L’échec de la dernière campagne et la triple défaite de Chanzy, de Faidherbe et de Bourbaki (son mouvement en arrière équivalait à une défaite) enlevaient toute chance de ravitailler Paris, et Paris était à bout de vivres. D’autre part, la désorganisation de ces forces militaires était telle, que, si l’on pouvait tout attendre de ces troupes après un succès, il n’y avait presque rien à en espérer après une série continue de défaites, parmi des fatigues sans nom et de cruelles souffrances. Dans ces circonstances, c’était une question de conscience que de consulter le pays avant de continuer la lutte.

Que faut-il faire maintenant ? Mon opinion est très arrêtée et je te la transmets avec ma netteté habituelle. J’ai été d’avis qu’on poursuivit la lutte aussi longtemps qu’il resterait une chance sérieuse de succès : j’y ai cru jusqu’à l’échec de la dernière campagne, jusqu’aux renseignemens que j’ai maintenant. Je n’y crois plus. Nous avons fait une chose grande et nécessaire : nous avons sauvé l’honneur ; si nous devions continuer encore, si les conditions étaient telles que nous ne pussions les accepter, si la Prusse voulait abuser de la victoire, il faudrait reprendre la lutte sans aucun doute ; mais ce serait au prix d’épouvantables sacrifices, et il faudrait que la nation y apportât autre chose que