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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/887

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très prononcé dans ce sens pour des raisons « stratégiques. » Enfin les catégories sociales analogues à celles qui voulaient chez nous « la frontière du Rhin » veulent chez eux « la frontière des Vosges. » Nous avons aussi des professeurs qui ont enseigné la nécessité « des frontières naturelles, » des militaires qui prêchaient la conquête du Rhin. Il y avait aussi des journalistes qui, même avant le départ des troupes, parlaient de tout mettre à feu et à sang en Allemagne et d’anéantir la puissance prussienne que Napoléon n’avait pas su assez écraser en 1807. Mais tout cela chez nous n’était que superficiel et rien que chansons. Nos professeurs n’étaient qu’à demi convaincus de leurs théories, et le public des braillards aurait été tellement fatigué de la guerre qu’il aurait crié : halte ! à la première victoire. Tout cela au contraire est profondément sérieux chez les Allemands, et ils nous attribuent les intentions qu’ils nourrissent eux-mêmes, prenant à la lettre nos discours et nos manifestations.

A côté de ceux-là, il y a un public beaucoup plus sage, tout aussi nombreux au moins, cultivateurs, industriels, le pauvre peuple surtout, les femmes veuves, les enfans orphelins, tous ceux que la guerre ruine ou menace. Ceux-là soutirent, se plaignent et demandent la paix. Mais ils sont excités en même temps par la résistance. Ils sentent contre nous ces vieilles haines confuses qui se réveillent si aisément dans les peuples avec le sentiment de la victoire. Ils veulent en finir une bonne fois avec nous. On leur dit que pour cela il faut prendre Paris, et ils attendent. L’armée se fatigue aussi ; elle croyait à la paix après Sedan, on lui dit qu’elle ne sera possible qu’à Paris, ils y vont. Leur merveilleuse discipline et la résignation profonde du Germain, son abnégation patriotique, sa soumission aux « idées » les feraient aller plus loin encore. ! Puis on flatte leur orgueil, on leur fait voir leur entrée triomphale dans cette capitale des arts, du luxe et de tous les plaisirs. C’est de la curiosité et en même temps le soulèvement de toutes les convoitises que fait naître la perspective de la possession de tant de richesses ; c’est le repos et le bien-être ; en un mot, tout ce qui peut entraîner ou soutenir le soldat.

Enfin, il y a un parti de gens sages, mais prudens, qui voient clair, s’inquiètent, mais se taisent. Quelques-uns ont le courage de leur opinion, montrent le danger des conquêtes ; on les arrête et c’est inutile, car, si on les écoute, si au fond on