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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/884

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et comme tout se passe par un tas d’intermédiaires, en grande confusion et très vaguement, les braillards ne savent même pas qui les a poussés. On a dit un mot, un autre un second, le reste a été inventé par l’imagination populaire. C’est la goutte d’huile qui s’étend. La canaille sort de chez elle, s’excite, se met au premier rang sans savoir pourquoi, mais espérant attraper quelque chose. Et voilà l’émeute faite. Le public paisible s’émeut des bruits qui courent et les grossit à son tour. Il n’y a encore rien, qu’on soupçonne des mouvemens ténébreux, des émissaires socialistes et prussiens,… et on s’effraie. Les gardes nationaux s’assemblent ; ils ne sont pas habitués à manœuvrer, au fond, ils sont timides et embarrassés, les chefs autant que les soldats ; et comme tout le monde est fait de la même pâte, les soldats attendent des ordres ; les chefs n’en donnent point. On doute les uns des autres et on a raison. Confusion générale et hésitation. Puis les gardes nationaux découvrent des connaissances parmi les braillards ; la foule s’enhardit ; les forces étant mal distribuées, on se sent faible, un coup de pistolet part, les soldats perdent la tête et les chefs ne la retrouvent pas. Débâcle. Le lendemain on est embarrassé. Il faut expliquer tout. Alors on invente. La conspiration s’étend et se creuse. Il y avait un vieux pistolet chargé à plomb, on a vu des revolvers. Puisqu’on en a vu, les gens n’ont pu les acheter, qui les leur a donnés ? Et ainsi de suite. Quant aux meneurs dont tout le monde parle, on ne les trouve point parce qu’en définitive personne ne les connaît. On fait planer des soupçons sur d’honnêtes gens. On cherche quelque dessein arrêté d’avance et exécuté par quelques hommes déterminés, tandis qu’il n’y a que l’accord fortuit et confus d’une passion populaire excitée et d’un tas de canailleries et de sottises différentes qui s’y sont mêlées. C’est une sale ratatouille où les morceaux sont confondus : on cherche le gros os et le morceau de bœuf, on ne les trouvera pas. Tout cela, ce ne sont que des conjectures personnelles, car mes amis ne m’ont conté que les faits purs et simples ; c’est en les assemblant que j’arrive à cette conclusion. Elle peut être fausse, car je suis incomplètement renseigné, et je n’ai pas vu par moi-même.

Je suis très content de l’effet produit par la circulaire. Toute la presse étrangère en parle, et la plupart des journaux allemands nous envoient des injures qui prouvent que nous avons touché juste. J’ai reçu des lettres bien flatteuses, à propos