Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/874

Cette page n’a pas encore été corrigée


le petit-fils d’Horace Vernet. Il a les relations les plus étendues, et comme nous sommes les deux doigts de la main, nous ne nous quittons pas. Le cabinet de M. Crémieux, avec lequel nous sommes en rapports continuels, est composé de gens parfaitement aimables et distingués. Nous avons aussi à nous louer beaucoup de l’accueil du directeur général des télégraphes, M. Steenakers, député de la gauche. Bref, notre position est bonne et notre travail intéressant. Nous formons un bureau de chiffre et notre service consiste à maintenir les communications avec l’étranger. Si les Prussiens approchaient, le gouvernement se déplacerait et nous avec lui.

Je crois que tu juges très sainement la situation. J’ai eu d’ailleurs, à plusieurs reprises et poussé par une sorte de pressentiment, le soin de parler avec mon père d’une occupation possible de notre pays. Je ne puis que vous confirmer tout ce que je vous ai dit à ce sujet. Je ne crois pas à une menace prochaine d’occupation, mais à une simple possibilité. Vous seriez toujours avertis à temps. En tout cas, il est bon de prendre ses précautions en vue d’une alerte.

Les paniques dont tu me parles ne me paraissent pas raisonnées. Je les blâme d’autant plus que ceux qui y cèdent sont le plus souvent les mêmes qui, il y a deux mois, poussaient à la guerre.

Oui, ces paniques me semblent prématurées. Certes, la loi du vainqueur, et de ce vainqueur-là surtout, est dure à subir et bien amère au cœur. Mais enfin, on se doit aussi au pays que l’on a habité, aux gens qui nous entourent. Je conçois que l’on fasse sortir les femmes de Paris comme de toute ville menacée de siège. Partout où il doit y avoir lutte, elles sont déplacées, elle paralysent la défense et en supportent les conséquences. Mais au lieu où vous êtes, la situation est différente. Bref, c’est d’après les circonstances qu’il faudrait se décider. Si l’on devait se battre autour de vous, il faudrait partir, sinon je crois que c’est un devoir de rester. Quant à l’ennemi, le calme et la fermeté lui imposeront toujours. Nous sommes vaincus, nous ne devons pas être humiliés. On peut garder sa dignité, tout en cédant à la force brutale. Les femmes, surtout les femmes comme vous, ont été respectées partout. Mais, je répète, sur le théâtre d’un combat on ne peut répondre de rien. Je ne crois à aucune bataille dans vos parages. S’il y a lutte, elle se concentrera du