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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/870

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est énorme. Des fuyards, des étrangers, des administrations qui commencent d’arriver : mais nulle part de confusion. Tout le monde, en ce pays riant et propre, est poli et obligeant. Nous n’avons, bien entendu, trouvé de place dans aucun hôtel. Enfin, on nous a conduits dans une auberge où on nous a laissé la salle à manger. Nous y avons campé sur des matelas, enveloppés dans nos manteaux.

Hier matin nous nous sommes mis en quête. Après deux heures de marches et de contremarches, nous avons trouvé un logement très convenable, chez de très braves gens. Nous avons deux cabinets et un petit salon très propre. Le tout dans une de ces rues si souvent décrites par Balzac, tortueuse, avec des maisons à tourelles et des feuillages aux fenêtres.

Je te donnerai de nos nouvelles autant que possible. Cependant ne t’inquiète pas des retards : la poste fera des détours et Dieu sait comme elle arrivera.


Tours, même date.

A sa mère.

Les élections sont réajournées. Ce croisement de décrets, inévitable peut-être avec l’interruption des communications, est d’un fâcheux effet. Je regrette, tout compte fait, que les élections n’aient pas eu lieu. Les raisons d’ajournement sont nombreuses et sérieuses : 22 départemens n’auraient pu voter, aucune liberté de choix nulle part. Paris, enfin, aurait nommé un vrai gouvernement qui aurait sans doute voulu se substituer au gouvernement actuel…. Malgré tout, je suis convaincu que c’est une faute.

Il faut donc attendre, mais quoi ? Ce sont les ressorts de la nation même qui sont corrompus et détendus absolument. Il faudra bien des années d’efforts continus et de réforme profonde pour nous relever et tenter avec chances de succès une revanche politique.

L’armée notamment est à refaire, et une bonne armée est un ouvrage de longue haleine : des lois n’y suffisent pas. Il faut un effort général et prolongé de toute une nation, la somme d’incalculables efforts individuels. Enfin la discipline, qui est l’essence même de l’esprit militaire, n’est autre chose que le sentiment du devoir, le respect de la hiérarchie, le désintéressement, le