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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/865

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ses hardiesses ; si elle honnit les moines, les autodafés, l’Inquisition, elle prétend vénérer la « religion, » qu’elle entend bien distinguer de la « superstition. » « Peut-on avilir ainsi une religion si belle et si grande, qui sait consoler des peines présentes par l’espérance d’un noble avenir et qui élève tellement l’humanité qu’elle lui fait dédaigner la douleur comme ne pouvant atteindre que la grossière enveloppe qu’on doit bientôt dépouiller, disait-elle… Le marquis lui expliquait à quel point l’ambition humaine avait défiguré le dogme sacré, la divine morale, et comment elle avait accueilli la superstition et s’en était servie adroitement pour la substituer à la religion… » Et elle lui prête ce propos symbolique : « Je hais la superstition par l’amour que je porte à la religion et à mon pays, et je la poursuivrai de tout mon courage et de ma puissance ! » Les personnages d’Alvare croient à « l’Etre suprême, » à l’immortalité de l’âme, et sans doute à l’efficacité de la prière, puisqu’ils prient, au moins dans les grandes circonstances de la vie, et même dans quelques autres : « Les deux époux revenus au Prado, écoutaient le bruit d’une musique lointaine, quand le bruit d’une cloche se lit entendre ; c’était celle d’un couvent voisin qui sonnait l’Angélus. — Cet appel des fidèles a quelque chose d’auguste et d’attendrissant, dit Louise ; il éveille les heureux pour leur faire bénir l’auteur de leur bonheur ; l’infortuné redouble, en l’entendant, la ferveur de ses prières et se livre à l’espérance de les voir exaucées ; enfin il jette ensemble aux pieds du Créateur tous ceux qu’il a formés, et les confond ainsi en une seule famille ! O mon Alvare, remercions ce Dieu paternel de la bénédiction qu’il répand sur ses deux enfans bien-aimés !… Ils s’agenouillèrent ensemble, et restèrent un moment absorbés dans un profond recueillement ; s’étant relevés, ils marchèrent lentement appuyés l’un sur l’autre dans un silence plein de charme. » Les deux époux ont surtout bien lu le Génie du Christianisme, et dans le credo qu’ils ont emprunté à Voltaire et aux Encyclopédistes, ils ont introduit quelques articles de Jean-Jacques, et quelques autres de Chateaubriand.

Mais, au total, c’est bien l’esprit de Voltaire, — et de Raynal, — qui domine dans Alvare. Ou plutôt, c’est cet esprit qui dominerait, s’il n’y avait pas les dernières pages du livre. Car nous apprenons à la fin du volume, — et cette conclusion est peut-être inattendue, — qu’Alvare, le héros passionné et