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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/861

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avec l’auteur de Delphine, — sait nous donner de la vie de société des descriptions très justes et très vivantes. Voici, par exemple, une page dont la finesse enjouée a vraiment bien de la grâce et de l’agrément : « La vie des eaux a été décrite si souvent qu’on ne peut que répéter et après mille autres que la société a moins de gêne, d’exigence et d’inconvénient dans un lieu où chacun se trouve, parce que c’est sa volonté, le besoin de sa santé ou son plaisir qui l’appelle, puisque l’on se sépare quand l’une de ces causes cesse et que l’on peut fuir ainsi la chose ou la personne qui déplaît. Cette certitude donne une gaieté, une indépendance qu’on ne peut connaître ailleurs. Quand rien n’est indifférent, chaque chose a un poids convenu et bientôt incommode, alors l’habitude fait la loi, et cette loi se glisse jusque dans les plus petits détails qui, prenant le nom et l’importance de devoirs, finissent par accabler sous leur nombre et leur insignifiance. Dans les villes on se voit trop, trop souvent, trop longtemps ; l’ennui que fait naître un tel commerce donne naissance à mille tracasseries, mille riens perfides qui, tourmentant les heureux du monde dans tous les sens de leur irritabilité et de leurs prétentions, leur donnent des dégoûts qu’ils prennent pour des malheurs auxquels ils échapperaient s’ils savaient à propos demander des chevaux de poste. Sans contredit l’avantage des eaux est dans la variété des objets, leur peu de durée qui occupe, amuse, attache le souvenir et ne fatigue jamais. » Cette mondaine, on le voit, a peu d’illusions sur la vie du monde. A vrai dire, elle en goûte moins le charme qu’elle n’en sent les inconvéniens. De deux femmes qu’elle met en scène elle dira, avec cette finesse d’observation et cette justesse concentrée de formule dont elle ne se départ guère : « Leurs âmes s’étaient refroidies dans une habitude de légèreté méthodique qu’on substitue souvent dans la société aux vrais devoirs. On ôte l’importance aux grandes choses, c’est une gêne trop incommode pour des esprits légers, mais on reporte cette importance sur les conventions établies par une coterie, conventions qui, sous le nom d’usage du monde, renferment les seules lois auxquelles une grande partie des hommes attache du prix. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de rencontrer des partisans de ces lois futiles dont l’esprit se choque et s’irrite aux moindres contraventions des usages, et dont l’âme reste froide et muette à la vue des actions qui blessent la justice et l’humanité. »