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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/843

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prévoyait pas qu’elles s’accumulaient pour l’écraser un jour [1]. »

D’ailleurs, d’autres mesures, moins nécessaires et plus fâcheuses, achevaient d’irriter l’opinion. Bon nombre des emplois supprimés par Necker étaient rétablis tour à tour. De douze, les receveurs généraux des finances étaient portés à quarante-huit, les receveurs des tailles de deux cent quatre à quatre cent huit ; plusieurs des charges abolies dans la Maison de la Reine, — trésoriers, contrôleurs et autres sinécures, — ressuscitaient, sans prétexte valable, et simplement, disait le préambule, parce que « cela s’est toujours observé pour les maisons des dauphines et reines de France. » Tout cela joint à l’abandon tacite du projet de Necker sur les assemblées provinciales, donnait à supposer que le gouvernement royal « revenait en arrière, » que la politique de réforme était définitivement condamnée, que l’on allait voir de plus belle refleurir les abus et renaître les privilèges. Et, à cette seule idée, de longs murmures s’élevaient parmi les plus honnêtes et les plus pacifiques bourgeois. « On disait assez hautement que la poule au pot, promise dès le commencement du règne actuel, s’éloignait furieusement de la marmite du pauvre pour tomber dans celle des fermiers généraux et autres gens de finance [2]. »

Toutes les gazettes y font écho. Elles fourmillent de vertes critiques, d’acerbes épigrammes, dont certaines sont assez piquantes. « Les financiers, écrit Métra en octobre 1781, voient avec bien de la joie renaître un véritable âge d’or, au moment même où beaucoup d’entre eux y renonçaient. M. de Fleury aura une belle place dans leurs litanies des saints… Les receveurs généraux sont déjà plus nombreux, les trésoriers généraux sont réinstallés dans leurs places, le tout pour leurs écus [3], disent-ils, mais nous croyons un peu que ce sera pour les nôtres… On dit que M. de Fleury guérit fort bien par des saignées tous ceux qui sont malades de quelque suppression. On s’attend avoir bientôt tous ces ressuscites convaincre le peuple que, s’ils financent aujourd’hui avec tant de joie, c’est parce qu’ils n’ont en vue que son bien. » Qu’on ne voie pas dans ces insinuations un simple badinage ; le grave Mercy, dans ses dépêches, n’est

  1. Lettres de Kageneck, 27 août. 1781.
  2. Journal de Hardy, août 1781.
  3. Les offices de finance étaient, comme on sait, achetés par leurs titulaires, ce qui fournissait à l’État une ressource momentanée.