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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/818

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mémoire attribué au sieur Necker, et devenu public par abus de confiance, ne contenait rien qui dut leur inspirer des craintes ni donner lieu à aucune réclamation de leur part, qu’au surplus il leur ferait savoir ses intentions, mais que, quant au fond des objets qui y étaient traités, il s’en réservait à lui seul la connaissance [1]. » Ainsi de la menace déjà il passait à l’excuse. L’audace de la magistrature croissait en proportion de la faiblesse du Roi.

En de telles conditions, les gens qui connaissaient la nature de Louis XVI et ses façons d’agir ne tardaient guère à relever des symptômes de disgrâce pour le directeur général. Louis XVI, assuraient-ils, ne lui parlait maintenant que peu, et presque pas « en dehors du service, » évitait avec soin les occasions « de travailler seul avec lui [2]. » Dans le Conseil, les propositions de Necker sont discutées mollement, modifiées sans raisons valables et souvent ajournées. « Je doute, écrit la marquise du Deffand, qu’on lui laisse exécuter tous ses projets… Si on veut les morceler, comme on a fait de ceux de M. de Saint-Germain, il ne l’endurera pas, il quittera, tout s’écroulera, le crédit sera perdu, on tombera dans le chaos. »


II

En attendant l’accomplissement de cette lugubre prophétie, il est visible que Necker semble, dès ce moment, douter, non de lui-même, mais du succès de ses efforts, et qu’il sent faiblir son courage. Aux derniers jours d’avril, Mercy, en lui rendant visite, le trouvait rempli d’amertume et « le cœur ulcéré. » D’un ton triste et désabusé, Necker lui confiait ses ennuis : son Compte rendu avait provoqué « des attaques dont les auteurs connus n’étaient pas inquiétés ; » ni Maurepas, ni le Roi ne lui prêtaient l’appui dont il aurait besoin pour soutenir tant d’assauts ; il allait jusqu’à dire « qu’il ne voyait plus autre chose à faire que de chercher les moyens de se tirer avec honneur de cet abîme [3]. » Le lendemain de cette confidence, si l’on en croit une rumeur répandue, Necker aurait rendu son portefeuille

  1. Journal de Hardy, 30 avril 1781.
  2. Ibidem.
  3. Dépêche de Mercy à Kaunitz, du 21 avril 1781. — Correspondance publiée par Flammermont.