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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/815

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des jours meilleurs une si juste réforme, dont il laissa l’honneur à l’un de ses successeurs au pouvoir. Comment, d’un tel silence, ne lui eussent pas su gré les membres de l’épiscopat, à l’heure même où l’un d’eux [1], dans l’assemblée de 1780, croyait devoir dénoncer comme un grand scandale « l’audace des faux pasteurs prêchant jusqu’aux portes des villes, » montrait avec fracas l’Eglise romaine « odieusement exposée, par cette impunité, à partager l’empire avec une orgueilleuse rivale [2]. »

De même, il est certain que le directeur général eût voulu abolir, ou du moins réformer la dîme, si excessive et si impopulaire, et transformer le « don gratuit, » voté tous les cinq ans par l’assemblée générale du clergé, en taxe fixe, en taxe régulière, perçue annuellement sur la masse des biens fonds ecclésiastiques et des domaines appartenant aux ordres religieux. Cette légitime et utile réglementation, certainement Necker y songea ; il la prépara même, dit-on, « dans le silence du cabinet. » D’avance, le « parti philosophe » en frémissait de joie, le « parti dévot » d’inquiétude. Pourtant rien ne parut au jour. Les espérances des uns et les frayeurs des autres furent pareillement déçues.

Necker recueillit le salaire de cette modération. Il eut d’abord pour lui l’approbation des prélats libéraux, la faveur de ces hommes d’Eglise, éclairés, tolérans, nombreux à cette époque, dont, a-t-on dit [3], « l’orthodoxie était suffisante, les mœurs honnêtes, mais qui ne dédaignaient ni le suffrage des beaux esprits, ni le commerce du monde. » Ces amis de la première heure s’appelaient Cicé, archevêque de Bordeaux, Boisgelin, archevêque d’Aix, Phélypeaux, archevêque de Bourges, Dillon, archevêque de Narbonne, tous gens de haute culture et d’excellent renom. Rien de surprenant à cela ; mais ce qui étonne davantage, c’est que le directeur sut aussi conquérir, sinon l’absolue confiance politique, du moins la sympathie privée de bon nombre de ces prélats que le jargon du temps surnommait les Évangélistes, et dont le chef était le fameux Christophe de Beaumont, archevêque de Paris. J’ai dit plus haut l’espèce d’entente qui s’était établie, sur le terrain de la

  1. L’archevêque d’Arles. Procès-verbal de l’Assemblée générale du Clergé de France, tenue à Paris en 1780.
  2. Correspondance secrète de Métra, 24 juin 1780.
  3. Le Salon de Mme Necker, par le comte d’Haussonville, t. II.