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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/709

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on enverra un seul trait d’une durée de une seconde ; à 1158m8s, 18s… 48s on enverra une série de — (un trait et un point) suivis de nouveau aux secondes 55, 57 et 59 par un trait d’une seconde ; à 11h59 on enverra des — —. (deux traits et un point), suivis de même par des traits d’une seconde aux mêmes instans de la fin de la minute. De la sorte les observateurs qui écouteront au téléphone ces signaux auront tout le temps de faire leurs comparaisons sans ambiguïté possible.

Les chemins de fer, les administrations télégraphiques, l’industrie horlogère, la géodésie de précision, à des titres divers, ne profiteront pas moins, que la navigation hauturière, de la nouvelle organisation.

C’est ainsi qu’embrassant toute la Terre dans leur étreinte frissonnante et légère, les ondes hertziennes à l’unisson marqueront, comme un tic tac muet, les instans des pygmées ingénieux qui rampent sur cette planète.


QU’EST-CE QUE LE TEMPS ?

Et maintenant, saurons-nous mieux ce qu’est le « temps » parce que, en tous les points du globe, on pourra dorénavant le mesurer et le subdiviser avec une précision jusqu’ici inconnue ? Hélas ! non.

« Délivre-nous du temps… » s’écriait Leconte de Lisle dans sa pathétique invocation à la Mort. Mais point n’est besoin de la « divine mort » pour nous en délivrer. Un peu de réflexion y pourvoira tout aussi bien.

Et d’abord, sans aller aussi loin que certains métaphysiciens subjectivistes qui doutent a priori de l’existence même du temps, nous arriverons presque au même résultat si nous supposons, — qu’on nous pardonne la hardiesse de cette hypothèse, — que le monde extérieur existe. Henri Poincaré, qu’il faut toujours citer quand on veut montrer la lumière pénétrante que la science moderne a projetée sur ces grandes questions, Henri Poincaré, qui croyait dans une certaine mesure à l’objectivité de l’Univers, avait coutume de dire cependant : « Nous autres pour qui le temps ne compte pas… »

« Le temps, a dit le grand Laplace, est pour nous l’impression que laisse dans la mémoire une suite d’événemens dont nous sommes certains que l’existence a été successive. » Et cette définition fait voir immédiatement, si on y réfléchit, que le temps n’est qu’un artifice, qu’une sorte de béquille inventée pour permettre à notre esprit infirme de marcher. En effet, une seule chose distingue pour nous un ensemble de sensations présentes du souvenir d’un ensemble de sensations