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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/683

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l’industrie et du commerce, de l’usine et de la boutique (lavage mécanique ou manuel des sables aurifères, articles religieux et boulangerie-pâtisserie). On entendit parler dans ces trois ouvrages, et parler en chantant, de choses considérées jusque-là, non seulement comme étrangères, mais comme répugnant à la musique, en raison de leur insignifiance ou de leur trivialité. Messidor était plus grossier, et plus divertissant l’Enfant-Roi. Le prix des babas et des madeleines était ici « noté, » c’est le cas de le dire. Eh bien ! répliquera quelqu’un, et la soupe, au premier acte de Louise ! N’est-elle pas encore plus commune que des gâteaux ? Comme nourriture, d’accord. Mais quelle différence comme musique, ou par la musique ! Et justement, entre MM. Charpentier et Bruneau, voilà toute la différence, et cette différence est tout. L’un des deux seulement est un vrai musicien, et celui-là seul a fait entrer certains élémens, que l’autre ne sut point relever et ennoblir, dans le domaine esthétique, ou dans la catégorie de l’idéal. Certains élémens, disons-nous, et non pas tous, car l’auteur de Louise lui-même n’a gagné qu’en partie la gageure. Mais ce gain n’est pas négligeable et lui fait déjà quelque honneur. Oui, M. Charpentier a mis le premier en musique, en musique digne de ce nom, certains aspects, certains côtés d’une réalité qui nous touche, étant celle de notre temps, de notre pays, de notre ville. Quel Parisien et quel artiste ne lui saurait gré d’avoir fait de Paris un concert, comme il est un spectacle, et l’enchantement de notre oreille autant que le délice de nos yeux ! Ces bruits ou ces chants familiers de la rue, le musicien ne s’est pas contenté de les transcrire. Il les développe et les travaille, soit isolément, soit fondus ensemble. Il en sait dégager aussi le contenu, la valeur harmonique et modale. Pour tout dire, ou redire, et d’un mot, en ses bonnes parties, en ses parties neuves, c’est une œuvre d’art que Louise. Et c’est également, peut-être encore davantage, une œuvre de tendresse, de tendresse sincère et profonde. Ce peuple, cette ville, le musicien les aime et veut nous en communiquer l’amour. Ainsi la sensibilité s’unit au talent pour faire du souper de Louise, au lieu d’une chose vulgaire, ou ridicule, qu’il pouvait être, une chose touchante. La musique autrefois, et des plus grands maîtres, égayait de somptueux festins. Charitable, cordiale, il nous plaît qu’elle accompagne, aussi, ne serait-ce qu’au théâtre et dans la fiction, l’humble repas d’une famille d’ouvriers, pourvu qu’elle en surprenne, qu’elle en dégage le charme intime et l’humble poésie. Et voilà ce que la musique de M. Charpentier, plus d’une fois, a su faire, et voilà ce dont fut constamment incapable la musique de M. Bruneau. Quelqu’un a dit qu’en