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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/680

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les rythmes, et les sonorités les plus vulgaires. Tout cela est gros, et tout cela est creux. Enfin, s’il y a peu de chose autour de l’œuvre, il n’y a rien dedans. Le fond même se dérobe, ou manque. L’idylle élégiaque de la danseuse et du « Camille » est exposée en style de romance, déplorablement facile, fade et bourgeois. Les procédés connus et communs y surabondent. L’un des plus fâcheux consiste à terminer la phrase, de préférence la phrase sentimentale, amoureuse, non point en bas, mais en haut, sur une note posée ou prise avec précaution, tenue ou filée avec langueur, et dans un sourire. Il y a là comme le contraire d’une cadence ou d’une chute, et pourtant une manière de cadence, ou plutôt une cadence à rebours. « Quand on tombe, » a dit quelque part Alexandre Dumas fils, « on ne tombe jamais bien. » En quoi d’ailleurs, pour la musique, et, plus précisément pour une mélodie, il se trompait. Mais pour une mélodie également, entre tant de manières de tomber, ou si vous préférez, de finir, il se pourrait bien que celle-là fût la plus affectée et la plus prétentieuse.

Mélodie ! Il n’y a guère autre chose dans la musique de M. Nouguès. Elle n’en vaut pas pour cela davantage. Et que la qualité de cette mélodie soit inférieure, il paraît aussi difficile de ne le point sentir que de le démontrer. Nous voici devant un autre « pourquoi ? » bien autrement obscur que celui de Tolstoï. Pourquoi telle suite de notes est-elle une chose exquise et telle autre quelque chose d’affreux ? Comment se peut-il que deux courbes sonores, parfois assez peu différentes. semblent envelopper ou l’infini de l’être, ou celui du néant ? Lamennais se demandait un jour : « Quelle relation de cause à effet l’esprit peut-il concevoir entre les ondes sonores, les vibrations de l’air… et les sensations, les pensées consécutives à ces vibrations ? » C’est surtout dans l’ordre élémentaire de la musique, l’ordre de la mélodie, que la question se pose et ne sera jamais résolue. Qui saura d’où nous est venue à la fin, tout à la fin de l’opéra de M. Nouguès, une vague et furtive impression de grâce, de tristesse, de poésie, pour ne pas dire, — oh ! non, ne le disons pas ! — de beauté ? Sur le tombeau du « Camille, » entre les cyprès de la voie funéraire, la danseuse, gémissante et dansante, est debout. Elle danse à peine, mais plutôt elle esquisse des mouvemens, des gestes, des attitudes, que l’orchestre accompagne d’un rythme circulaire et monotone. Il y a de la sensibilité, de la discrétion et de la délicatesse en cette dernière offrande au jeune mort, de l’harmonie visible et vivante qu’il aimait. La nuit se fait par degrés, et le silence. Maintenant la blanche