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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/679

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sent en maint passage le réalisme ultra-moderne, l’outrance et la charge d’atelier musical. En revanche, deux numéros de cette suite d’orchestre ont un goût de terroir et de peuple que le temps n’a pas affadi. Le premier est la Sérénade ; A mules est le titre de l’autre. Ces deux-là sont parmi les meilleures esquisses, parmi les plus justes et les plus colorées, qu’un jeune musicien français ait jamais rapportées, ou plutôt envoyées, de là-bas. M. Nouguès objectera peut-être que l’Italie contemporaine, et non pas antique, les inspira. Cela est vrai, nous venons de le dire, des impressions napolitaines. Mais les autres morceaux, et surtout les deux autres que nous avons nommés, sont de tous les temps, ayant au plus haut degré le caractère populaire, celui peut-être des élémens de l’art musical que la suite des temps altère le moins. C’est également celui-là qui manque le plus à la partition de M. Nouguès. L’immortelle Italie, son peuple et sa campagne, ses golfes bordés de pampres, l’ardeur de ses jours et la douceur de ses nuits, la musicien n’a rien exprimé de tout cela, qui est de toujours. Et puis, on ne saurait trop y insister, M. le directeur de l’Opéra-Comique, le plus précieux des collaborateurs, en peut devenir aussi le plus redoutable. La richesse, la variété, l’ingéniosité des choses que l’on voit dans son théâtre accuse, loin de la cacher, la misère de celles qu’on y entend. Ainsi le second tableau de la Danseuse, le réveil de la petite ville antique, est un modèle achevé d’imagination et d’esprit pittoresque, autant que d’inutilité dramatique et de musicale insignifiance. Pas plus que le sens du lyrisme choral (scène des vendanges) il faut croire que M. Nouguès ne possède le secret de la causerie familière. La vie, la vie toujours, celle des choses et des êtres, la vie subtile et qui partout s’insinue, pouvait animer cette matinée pompéienne, et les propos, fût-ce les plus humbles, qu’échangent les habit ans ou les passans de ce carrefour. Ici encore on se souvient de M. Charpentier, de sa Louise, et d’un autre carrefour, celui-là parisien, où la musique n’avait pas dédaigné de noter jusqu’au dialogue d’un gardien de la paix avec une plieuse de journaux, et non seulement de le noter, mais de le poétiser et presque de l’attendrir.

L’art de M. Nouguès a paru plus inégal encore à des tableaux d’un genre plus relevé. La scène du temple d’Apollon, qu’un programme ambitieux qualifie de « cérémonie orphique, » est, musicalement, de la dernière indigence. A cette occasion, le nom, ou le titre, de « Gluck du pauvre » a été justement prononcé. D’un bout à l’autre de l’ouvrage, la danse, qui, dans cette histoire de danseuse, occupe naturellement une certaine place, est traitée sans égards, accompagnée par les thèmes,