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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/675

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Pas de faste pompeux sur ce qui fut la vie !
Une pierre suffit à recouvrir un mort.
Pas de marbre orgueilleux, sculpté par le génie,
Et dressant vers le ciel un inutile effort !

Pas une (leur non plus, mais une dalle nue,
Toute blanche de chaux ou grise de lichen,
Qui près d’une autre dalle, autant qu’elle inconnue,
Avec la terre indique, ô défunts, votre hymen.

Au milieu des rochers, dans le soleil ou l’ombre,
Sans qu’un ordre rigide ait aligné leurs rangs,
Elles sont, ça et là, modestes et sans nombre,
Toutes semblables pour des êtres différens.

Car là se sont couchés des enfans et des femmes,
Des jeunes gens portant l’aurore en leurs regards,
Des oulémas pensifs comme des pasteurs d’âmes,
Des guerriers valeureux, amans des étendards.

Le riche et l’indigent, dans la nuit uniforme,
Sentent peser sur eux un poids de cendre égal ;
Le porteur d’eau, lassé par l’outre au ventre énorme,
Près du Chérif puissant, autrefois sans rival.

Tous ont déposé là l’angoisse d’être un homme,
Tels les chameaux meurtris par les sangles, le soir,
S’agenouillent enfin pour commencer leur somme,
Les naseaux rafraîchis à l’eau de l’abreuvoir.

C’est là que, terminant le long labeur servile,
Ils ont pu rejeter le haillon de leur corps,
Et s’élancer plus haut que la matière hostile,
Vers Allah, le seul Dieu, le pain vivant des forts !

La nécropole immense aux tombes minuscules
Offre au contemplatif ses multiples sentiers,
Simple et calme, parmi la paix des crépuscules,
Les matins flamboyans ou les midis altiers.