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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/669

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APRÈS LE COMBAT


Le canon tonne au loin. El Hadjami s’enfuit.
La dernière harka, que la crainte accompagne,
Tourbillonnante, vient de gravir la montagne,
Puis la poudre se tait. Miracle ! Plus un bruit !

Or maintenant, sur Fez, voici tomber la nuit.
Lentement, à travers la sournoise campagne,
Un convoi, mi-noyé par l’ombre qui le gagne,
Marche vers Bab-Guissa. La porte s’ouvre à lui.

Mulets après mulets, dans la rue incertaine,
Heurtant leur front au mur, butant à chaque pas,
Portent de longs fardeaux dont la forme est humaine.

Kl l’on voit défiler, deux à deux, sur les bâts,
Chair morte, front glacé, la lèvre déjà noire,
Des Français, des héros, rançon de la victoire !


LE CAMP


Coups de maillets, jurons, et des cris, par milliers !
On prépare le camp ! Rois rouges de la plaine,
Les spahis ont défait leurs longs burnous de laine,
Et parqué les chevaux en groupes réguliers,

Un à un, les chameaux se sont agenouillés,
Lèvre pendante, l’œil dédaigneux, panse pleine !
Le couchant resplendit ! L’espace est sans haleine,
L’or vespéral revêt les objets familiers.

Fantassins, artilleurs, occupent la colline ;
Mais les goumiers, là-bas, campent dans la ravine,
Et ces amans du bled, du soleil et du vent,

Pour le repas nocturne, embaumé de pastèque,
Les pieds nus enfoncés dans un fleuve vivant,
Egorgent des moutons, la face vers la Mecque !