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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/668

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LA MOSQUÉE


La mosquée aux murs froids où pleure une fontaine,
Farouchement fermée à l’infidèle, hier,
Aujourd’hui, sous l’assaut de la flamme et du fer,
A vu choir jusqu’au sol sa majesté hautaine.

Elle a vu les roumis, derrière un capitaine,
Aussi prompts que l’éclair succédant à l’éclair,
Tuer ses défenseurs et mériter l’enfer,
Une âpre joie au cœur, et, dans les yeux, la haine.

Maintenant, le soir tombe. O silence ! O douceur !
Parmi les nefs s’épanche un mystère berceur,
Allah ! que ta maison est suave dans l’ombre !

Cependant, seul témoin du carnage récent,
Sur les dalles, doré par le soleil qui sombre,
Un Coran grand ouvert a des tâches de sang.


BALEUK !


Baleuk ! baleuk ! baleuk ! Ce cri remplit la rue !
Gare à ce dromadaire aux pas muets et mous,
Balançant son chef glabre au bout de son col roux,
Comme un marteau géant à travers la cohue !

Baleuk ! baleuk ! baleuk ! Sous une outre ventrue,
Peau de bouc ruisselante et docile aux remous,
Voici le porteur d’eau ! Baleuk ! Gare à ces trous !
Et gare à ces ânons ! Gare à celui qui rue !

Gare à ces mendians, bien encapuchonnés,
Dont la plainte se mêle au vol strident des mouches,
Auprès d’un chien qui dort, les pattes sous le nez !

Baleuk ! Voici le porche où, de leurs yeux farouches,
Pendantes aux créneaux, et saignant un sang noir,
Des têtes de roumis regardent sans rien voir !