Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/656

Cette page n’a pas encore été corrigée


L’Espagne, alors, résolut de brusquer les choses et de se passer de notre consentement. A la Chambre, M. Canalejas n’avait pas donné de détails (5 et 9 mai) sur les négociations avec la France. Mais au Maroc les actes se dessinaient. Le 3 mars, le chancelier de la légation d’Espagne à Tanger se rendait à El-Kçar en éclaireur. Le 7, la garnison de Ceuta se mettait en mouvement et élargissait son rayon d’action. Le 12, l’Espagne occupait les hauteurs voisines. Le 17 et le 18, elle jetait deux antennes, l’une dans la direction de Tetouan, l’autre dans celle de la Moulouya. Le 28 mai, sans tenir compte des dispositions de l’acte d’Algésiras, le tabor espagnol de police de Larache arrivait à El-Kçar. Le 31 mai, une mission militaire s’installait à Tétouan, et, par les postes récemment occupés, se mettait en liaison avec Ceuta. M. Cruppi ayant demandé des renseignemens, l’ambassadeur d’Espagne l’assura qu’on ne nourrissait à Madrid aucun projet de conquête. A la Chambre, le 7 juin, M. Canalejas se déclara résolu à « rester dans la stricte limite du devoir résultant des accords avec la France et de l’acte d’Algésiras. » Le 8 encore il ajouta : « Nous n’aurons jamais recours à la violence. »

Le 9 cependant, un corps espagnol débarquait à Larache et, de là, se portait à El-Kçar. Ce faisant, le gouvernement espagnol non seulement se dispensait de l’adhésion française qu’il avait d’abord sollicitée, — et, par là même, reconnue nécessaire, — mais encore passait outre aux observations répétées delà France, qui par deux fois venait de lui faire connaître qu’ « aucune action militaire espagnole ne saurait obtenir son assentiment. » Le débarquement de Larache n’avait été notifié à M. Cruppi qu’après qu’il était accompli. Le gouvernement français, maintenant son point de vue antérieur, lit aussitôt remettre à Madrid verbalement d’abord, par écrit ensuite, la communication suivante : « Veuillez rappeler au ministre d’Etat amicalement, mais de la façon la plus nette, que les mesures prises par le gouvernement royal, mesures qui n’ont fait l’objet d’aucun accord préalable entre la France et l’Espagne et qui nous ont été notifiées après leur réalisation ou en cours d’exécution, ne sauraient avoir notre assentiment. En prenant ces mesures, l’Espagne assume des responsabilités qu’il lui appartiendra de définir et de préciser. » En même temps, ordre était donné à notre ambassadeur d’interrompre les négociations