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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/639

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augmentation de la population, à l’exploitation de ses mines, à la consommation et à l’échange des produits, n’est ni un bénéfice, ni une richesse, mais bien une raison de pauvreté, de stérilité et de stagnation pour l’Espagne… C’est dans une entente avec la France que nous trouverons l’appui le plus sûr, non certes pour la guerre, mais pour un partage équitable et raisonnable. » Ainsi des deux côtés s’affirmait dès l’origine la même volonté d’accord.

Dès 1902, la négociation s’engagea, négociation mystérieuse dont on n’a parlé dans les Chambres qu’à mots couverts. J’emprunte à un document inédit, les procès-verbaux de la commission sénatoriale chargée d’examiner le traité franco-allemand du 4 novembre 1911, les seuls renseignemens officiels arrachés à la discrétion des ministres. « Il y a eu, disait M. de Selves, des textes divers examinés successivement. Je sais bien qu’en 1894 M. Hanotaux et M. Moret causaient de nos intérêts communs au Maroc. Mais ce n’étaient que de simples échanges de vues. En 1902, M. Delcassé tente un accord avec l’Espagne. Celle-ci redoute les susceptibilités de l’Angleterre. Elle veut se faire appuyer par la Russie. Bref on n’arrive pas à une solution. » Et sur une question de M. le comte d’Aunay demandant : « Avait-on déjà délimité la zone espagnole ? » M. de Selves ajoute : « Evidemment. Mais je n’ai là-dessus rien de définitif. » Comme M. de Lamarzelle insiste et veut savoir si le texte de l’accord de 1902 publié par un journal est exact, M. de Selves multiplie les affirmations d’ignorance : « Je n’en sais rien… Je ne puis rien dire de précis… Je n’en puis pas dire plus… Je ne sais pas. » Le ministre se borne à conclure : « La date de la rupture des pourparlers est le 1er février 1903. »

En réalité, l’accord avait été poussé jusqu’aux précisions dernières qui précèdent la signature. M. Jules Cambon, ancien gouverneur général de l’Algérie, était alors ambassadeur à Madrid. Dès longtemps, il avait son système marocain. Le Maroc l’intéressait, non point par sa côte méditerranéenne, mais par sa côte atlantique. Il estimait que, de Bizerte à Mers-el-Kebir, la France tenait assez de la mer latine et que si, en raison de son voisinage, elle étendait son contrôle au Maroc, c’est comme riverain de l’Atlantique que le Maroc avait du prix pour elle. Entre M. Delcassé et M. de Léon y Castillo, négociateurs pleins de ressources, les conversations furent nombreuses et