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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/633

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Desbordes-Valmore, il était beaucoup plus d’accord, de sentiment et de langage, avec Shakspeare, lorsque, aussitôt après avoir transcrit ces vers délicieux, il modulait subtilement quelques préceptes de son art, en homme parvenu à comprendre tout le sens de cette règle des anciens : « La poésie est la musique. » Mais ce n’est pas chez les anciens, c’est dans un des sonnets du Pèlerin féru d’amour (The passionate Pilgrim) qu’il avait trouvé la formule. Musique et poésie, vous n’avez qu’un seul dieu : One God is God of both. C’est la devise de Shakspeare : c’est aussi celle de Verlaine.

N’allons pas, par mégarde, négliger un nom que Verlaine prononçait alors avec un réel enthousiasme, celui de l’oublié ou, tout au moins, du dédaigné Alfred de Vigny. Dès 1873, après avoir achevé ses Romances sans paroles, et, à la suite d’une conférence de Vermersch entendue à Londres, il relut Eloa et les Destinées. « Ah ! mon ami, » écrit-il à Lepelletier, « quel homme ! Poète et penseur, il cumule dans le sublime. » Un souvenir des imprécations littéraires de la Maison du berger n’a-t-il point passé dans ces vers de l’Art poétique ?

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L’Esprit cruel et le Rire impur,
Qui l’ont pleurer les yeux de l’Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine.

Mais Verlaine, du même coup, n’aurait-il pas donné à quelques critiques malins et à la foule des nigauds le signal des impatiences, des injustices à l’égard de Victor Hugo ?

Prends l’éloquence et tords-lui le cou…
O qui dira les torts de la Rime !

C’est aux chansons des fées d’Obéron et de Titania, au chant du coucou de Love’s labour’s lost, aux gémissemens merveilleux d’Amiens dans la pièce As you like it, à la chanson d’Antolycus dans Winter’s tale qu’il songe en répétant ce cri shakspearien : « De la musique encore et toujours » et en transposant, avec son goût si fin, cette image de Twelfth Night : « le souffle doux du vent qui a passé sur une rangée de violettes : »

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent, crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym…