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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/614

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l’une des plus curieuses du recueil, et tout à fait troussée dans la manière du Verlaine de ce temps-là :

Bah ! malgré les destins jaloux,
Mourons ensemble, voulez-vous ?
— La proposition est rare.

— Le rare est le bon. Donc mourons
Comme dans les Décamérons.
— Hi ! hi ! hi ! quel amant bizarre.

— Bizarre, je ne sais. Amant
Irréprochable, assurément.
Si vous voulez, mourons ensemble !

— Monsieur, vous raillez mieux encor
Que vous n’aimez, et parlez d’or :
Mais taisons-nous, si bon vous semble.

Si bien que ce soir-là Tircis
Et Doriméne, à deux assis
Non loin de deux Silvains hilares,

Eurent l’inexpiable tort
D’ajourner une exquise mort.
Hi ! hi ! hi ! les amans bizarres.

La saynète est vraiment jolie. Mais quoi ! Ces amoureux, moins élégans sans doute, moins lettrés, on les reconnaît, on les a entrevus dans une gaillarde chanson de Troïlus et Cressida. Verlaine a transposé et, si l’on veut, transfigure une demi-douzaine de vers que Shakspeare fait chantonner par un de ses personnages comiques les moins décens, le sire Pandarus de Troie :

Les amoureux crient O ! O ! C’est la mort !
Pourtant ce qui semble blessure à tuer
Fait tourner O ! O ! en hé ! hé ! hé !
Ainsi l’amour qui râlait vit encore :
O ! O ! pour un moment, mais : hé ! hé ! hé !
O ! O ! finit sa jérémiade en hé ! hé ! hé !

Le Colloque sentimental, qui met fin au recueil, nous ramène à cette féerie où nous avait déjà conduits le Clair de lune du