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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/610

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Libre à nos inspirés, ceux qu’une œillade enflamme, D’abandonner leur être aux vents comme un bouleau : Pauvres gens ! L’Art n’est pas d’éparpiller son âme : Est-elle en marbre ou non, la Vénus de Milo ? </poem>

Enfin, c’est dans une pièce des Flèches d’or, le Nocturne, d’Albert Glatigny, que plonge, par toutes ses racines, le curieux poème intitulé le Walpurgis classique. Ce « Watteau rêvé par Raffet, » — l’expression a été enchâssée dans le poème même par son auteur, et sa précision critique indique assez l’artifice de son travail, — semble annoncer déjà le recueil qui fera suite aux Poèmes Parnassiens.

Puisque j’ai prononcé le nom d’Albert Glatigny, on me permettra de ne pas trop vite glisser sur ce rapprochement qui a son importance aussi : Glatigny et Verlaine. Parlant des Vignes folles, Paul Verlaine vieilli emploiera le mot de chef-d’œuvre et nous dira qu’il se fait fort de le justifier : « J’y retrouvai mon cœur naïf, mon esprit à la vent-vole, en outre de l’art de tourner le vers, comme on dit vulgairement et bien, après tout ! » A ceux qui ne connaissent pas les Flèches d’or et les Vignes folles, la lecture du Nocturne révélerait ce qu’il y eut, à un moment, de promesses de renommée dans le talent de Glatigny, de ce nomade lettré dont Verlaine envia les dons et qui lui ressemblait, par bien des traits, comme un grand frère.

Le Nocturne, qui contient déjà l’expression « ce Walpurgis français, » d’où est sortie la pièce de Verlaine, serait digne d’être placé au rang des ouvrages les plus heureux, s’il ne procédait pas lui-même d’un original antérieur. Il est bon de s’en souvenir : le point de départ de cette poésie galante est dans Théophile Gautier. Dès 1838, le maître artiste avait tout indiqué, sinon tout dit, dans trois petites pièces de la Comédie de la Mort : Rocaille, Pastel, Watteau. On ne lit plus assez ce superbe ouvrage. Il pourrait rappeler aux réformateurs et aux déformateurs du vers français, à leurs disciples, s’il en reste, que les poètes les plus grands ont dû la moitié de leur gloire à la possession complète du métier : si l’on prétend trouver à cette règle une exception, ce n’est pas plus Verlaine que Gautier qui la fournit.

Je ne crois pas nécessaire de supposer que pour peindre cet habile et piquant tableau :