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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/561

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Louis XVI, après cette petite scène, déclarait à haute voix que, « si le Parlement voulait lui causer autant d’ennuis qu’il avait fait à son aïeul, il le casserait comme verre. » C’était une phrase qu’il affectionnait spécialement, mais qui, trop souvent répétée et trop rarement suivie d’effet, ne produisait peut-être pas toute l’impression qu’on en pouvait attendre. Cependant, à la suite de cette vive admonestation, le parlement parut « se tenir coi. » C’est que, malgré toutes les fanfaronnades, la leçon de Maupeou portait encore ses fruits. « Ces messieurs, comme dit un gazetier, avaient pu reconnaître alors, par une dure expérience, que l’on pouvait se passer d’eux sans que le royaume en souffrit. » Ce fut assez pour les maintenir « dans les bornes de la prudence et de la modération ; » mais la lutte engagée contre le directeur, pour être moins bruyante, n’en l’ut pas moins active et n’en fut que plus redoutable. Ceux qui savaient le fond des choses craignirent, de ce moment, que le dernier mot ne restât à la magistrature, car, écrit un contemporain, « les parlemens ne pardonnent jamais, et l’on n’a pas d’exemple qu’un ministre en guerre avec eux ait pu faire davantage que se débattre pendant quelque temps [1]. »

Le sursaut d’énergie du Roi fut, effectivement, sans lendemain. Vainement, les jours suivans, Necker demanda-t-il, comme sanction des paroles royales, des « lettres de jussion, » pour obliger le parlement d’enregistrer l’édit, et la destitution de l’intendant du Bourbonnais, dont la résistance insolente était intolérable. Il rencontra, sur l’un et l’autre point, non un refus formel, mais une nonchalante inertie dont il ne put pas triompher. Chose plus forte, il n’obtint même pas qu’on ouvrit une information pour rechercher l’auteur de la Lettre d’un bon Français, qui n’était qu’un tissu de diffamations et d’insultes, ainsi qu’on en jugera par cet échantillon : « Après avoir commencé comme Law, voudriez-vous finir comme Cromwell ? Monsieur Necker, si j’avais choisi Genève, votre patrie, pour mon domicile, et que j’eusse employé mon esprit et mes loisirs à y semer la discorde, à y ménager une révolution qui en changerait le nom et la forme, je vous le demande, monsieur Necker, à quelle autre peine qu’à la mort le tribunal des Deux-Cents pourrait-il me condamner ? Ignorez-vous que, dans les anciennes

  1. Correspondance publiée par Lescure, 25 avril 1781.