Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/553

Cette page n’a pas encore été corrigée


d’administration y applaudiront comme à un premier pas qui peut conduire à une amélioration générale. Ceux, au contraire, qui craignent toute espèce de changement et respectent jusqu’aux plus grands abus quand ils sont anciens, approuveront l’esprit de sagesse de Votre Majesté, qui l’aurait engagée à ne faire qu’un essai [1]. » De plus, les assemblées qui serviraient à l’expérience seraient, non électives, comme le voulait Turgot, mais nommées par le Roi pour un tiers de leur effectif, les autres membres étant désignés par l’assemblée elle-même. Sur les quarante-huit membres dont se composerait l’assemblée, douze seraient pris dans la noblesse, douze autres dans le clergé, vingt-quatre dans le tiers-étal. Ils « délibéreraient en commun, » et le vote aurait lieu « par tête, » et non « par Ordre. C’était trancher, dix années à l’avance, le grand débat de 1789, et Necker, sur ce point, est réellement un précurseur. La présidence de ce groupement, qui ne serait, au bout du compte, qu’une « commission de propriétaires, » appartiendrait de droit à l’archevêque ou à l’évêque de la région. Cet hommage à l’Eglise romaine, de la part d’une âme protestante, était une adroite précaution, qui semblait propre à désarmer des oppositions redoutables.

Une fois de plus, on peut saisir ici la profonde divergence d’esprit qui sépare Necker de Turgot. Je n’entends pas seulement par là la tactique circonspecte et mesurée de l’homme d’affaires comparée à la marche impitoyablement logique du théoricien homme d’Etat. La différence est plus profonde. Les deux systèmes, voisins en apparence, procèdent, dans la réalité, de deux conceptions opposées. Turgot, partisan déclaré du pouvoir absolu, en instituant son nouvel organisme, prétend donner à l’intendant, représentant du Roi, un guide et un allié pour l’aider dans sa tâche. Necker cherche, au contraire, à le contenir et à le diminuer. Le premier envisage une collaboration ; le second souhaite un contrôle et un frein, et, en dressant auprès de l’intendant une grande puissance rivale, un corps composé de notables, de riches propriétaires et de hauts personnages, il a pour objectif de lui enlever une part de son autorité. Bref, tandis que Turgot, fidèle à ses principes, renforce le pouvoir central, Necker, logique avec les siens, poursuit un but de

  1. Mémoire au Roi sur les assemblées provinciales.