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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/473

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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




Les événemens de guerre qui se sont succédé depuis quelques jours sont trop connus pour qu’il y ait lieu d’en faire une fois de plus le récit : on l’a lu dans tous les journaux. Les alliés balkaniques ont continué leur marche en avant, toujours victorieux des résistances qu’ils ont rencontrées, toujours favorisés par la même fortune. Bien que les Bulgares n’aient pas encore pris Andrinople et qu’ils ne soient pas entrés à Constantinople, l’effondrement de la Turquie est complet, et rien ne peut plus empêcher, ni même retarder beaucoup le succès final d’opérations qui ont été conduites avec une merveilleuse méthode et un courage indomptable. Les Turcs, eux aussi, ont montré un grand courage ; les dernières batailles ont été extrêmement meurtrières ; les deux combattans y ont déployé une égale ténacité ; mais aucune comparaison ne pouvait être faite, si ce n’est pour marquer des différences profondes, entre l’organisation des Bulgares et celle des Turcs. Ces derniers manquaient de tout. Mal nourris, mal commandés par des officiers improvisés dont un trop grand nombre devaient leurs grades à l’intrigue politique et non pas au mérite militaire, ils étaient d’avance voués à la défaite. Malheur à qui ne comprendrait pas cette terrible leçon ! L’armée bulgare, au contraire, offrait un bel exemple de préparation matérielle et de discipline morale ; elle devait vaincre, elle a vaincu.

Mais ceux mêmes qui s’attendaient à sa victoire n’avaient pas prévu qu’elle aurait ce caractère. Il y a eu dans l’événement quelque chose de si rapide, de si décisif, de si complet que l’Europe a été prise au dépourvu. Elle a été mise ex abrupto en présence de résultats foudroyans et elle ne s’y était pas préparée. Sa conduite s’en est ressentie.