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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/465

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Un coup frappé à la porte interrompit l’orateur : et nous vîmes entrer un jeune homme en brillant uniforme, qui nous salua avec une condescendance amicale.

— M. Dijonnier. aide de camp du comte Jourdain de Manipuello, général des armées grecques ! — nous dit Lasky, en nous présentant le nouveau venu, devant qui nous nous inclinâmes profondément.

M. Dijonnier était, tout récemment encore, un modeste sous-officier de l’armée badoise : son arrivée à Marseille lui avait valu un avancement merveilleux. Lasky lui fit part de mon peu d’enthousiasme à l’endroit de ses faveurs.

— Comment, s’écria Dijonnier, ce monsieur prétend se singulariser ? Il veut partir pour la Grèce sans être pourvu d’un rang ? Il compromet d’avance toute sa carrière : car c’est seulement notre troupe qui donnera l’impulsion décisive. A nous seuls est réservé l’honneur d’affranchir la Grèce, pour nous seuls verdoient les lauriers du mont Olympe !

De nouveau, l’éloquent discours de l’aide de camp fut interrompu par l’entrée d’un visiteur. Un petit homme avec une moustache énorme se montra sur le seuil de la chambre.

— Ah ! bonjour, monsieur le colonel ! — s’écrièrent Lasky et Dijonnier, avec les plus tendres salutations à l’adresse du petit personnage moustachu, qui nous fut ensuite présenté comme étant l’ « éminent colonel Perrin. »

Ce colonel de l’armée grecque, dont personne en Grèce ne soupçonnait l’existence, avait été capitaine d’infanterie en Italie, et se trouvait en demi-solde depuis la chute de Napoléon. Bientôt les trois hommes se mirent à causer avec tant d’animation, souvent tous à la fois, que nous avions peine à comprendre un seul mot de ce qu’ils disaient. Ils se racontaient des histoires louchant leurs chevaux, leurs excursions dans la campagne, leurs exploits galans ; et sans doute il n’aurait plus été question de la Grèce durant toute la soirée si, de nouveau, la porte ne s’était pas ouverte pour laisser entrer un visiteur, — celui-là bien connu de moi.

— Est-ce possible ? Weiland ? dis-je en l’apercevant.

— Toi ici, Elster ? Mille fois bienvenu !

Et il se jeta dans mes bras. C’était un de mes meilleurs amis de Wurzbourg, où il tenait l’emploi d’un petit commis de bureau.

— Ces messieurs se connaissent déjà ? observa Lasky.

Puis, se tournant vers les deux autres officiers :

— J’ai l’honneur de vous présenter M. Weiland, major de l’armée grecque !

— Comment ! te voilà major ? dis-je à Weiland, tout stupéfait.

Il me répondit : oui, en souriant, d’un signe de tête : et de plus en plus je me demandais si tout ce qui m’entourait n’était pas un rêve. Un obscur employé aux écritures se trouvait brusquement transformé en major ! Et après lui vinrent encore d’autres dignitaires non moins improvisés, des commandans, des colonels, tout cela revêtu d’uniformes bizarres.

Très courtoisement, Lasky nous signifia que ces messieurs allaient se former en comité secret, afin de délibérer sur certaines affaires des plus graves : de telle sorte que, n’étant pas inscrits sur la liste, il nous serait