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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/431

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par négligence, c’est par économie. Le programme voté l’hiver dernier, après dix-huit mois d’hésitations et d’ajournemens, reconnaît l’utilité des éclaireurs d’escadre. Pour une flotte de combat de 28 cuirassés que nous aurons, sauf accident, en 1920, on a prévu la construction de 10 de ces bâtimens. Mais on n’en commencera la mise en chantiers qu’en 1916 ou 1917. La logique eut exigé que la construction des éclaireurs fut poursuivie avec celle des cuirassés, dans la proportion de un à trois, après avoir pourvu aussitôt que possible la flotte actuelle des quatre éclaireurs qui lui manquent. C’est ce qu’on eût fait sans doute si nous n’avions sur les bras un stock assez lourd de croiseurs cuirassés. Ce sont de grands bateaux, conçus vers 1895, dans la pensée de courir sus au commerce anglais. Sauf les deux derniers qui peuvent donner 23 nœuds, ces bâtimens, faiblement armés et de vitesse insuffisante, n’auraient aucun rôle dans la guerre de demain.

Nous en possédons une quinzaine, de types variés, entre 9 000 et 14 000 tonnes. On les emploie à l’instruction des matelots de spécialités, aux voyages officiels des ministres, aux démonstrations amicales chez les voisins, à monter la garde devant les ports du Maroc. Auprès de nos escadres, ils forment des « divisions légères » qui font nombre et permettent de se livrer à quelques exercices de tactique pendant les beaux jours de l’été. Enfin, on leur donne éventuellement le rôle d’éclaireurs. Il faut bien les user.

Voilà pourquoi notre année navale n’aura son premier Scout qu’en 1919. En attendant, elle devra faire reconnaître l’ennemi par ses contre-torpilleurs. Ceux-ci ont au moins la qualité de vitesse, — quand il fait beau, — mais par ailleurs ne sont pas plus aptes à celle fonction que ne le sont les Léon-Gambetta, Jules-Ferry, et autres Marseillaise, trop grands et trop lents.

En résumé, parmi les besoins de notre défense navale, l’un des plus pressa ns est d’étendre le champ d’observation, — des guetteurs qui surveillent le littoral, — des flottilles qui attendent le passage de l’ennemi ou son approche des points qu’elles ont à défendre, — et de nos escadres dépourvues d’éclaireurs, alors qu’elles ne peuvent compter sur une supériorité de vitesse, seule capable de compenser cette faiblesse.

Voir loin, voir sans être vu ; pouvoir surprendre