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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/407

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Devant une commission de l’Institut composée de Beclard, Paul Bert, Bouley, Vulpian et Villemin (1884), Pasteur montra dix-neuf chiens vaccinés résistant, tous, aux inoculations virulentes, qui firent périr les dix-neuf témoins ; et vingt-trois chiens vaccinés subissant sans effet les morsures de chiens enragés, tandis que les témoins prenaient la rage dans la proportion des deux tiers, durant les deux mois qui suivirent.

Dans toutes les premières expériences, le vaccin était inoculé au chien avant la morsure, avant l’inoculation du virus rabique. Pour avoir un vaccin qui agisse rapidement sur un sujet déjà mordu (l’homme par exemple), Pasteur utilise l’exaltation du virus par le passage chez le lapin. Cette exaltation de la virulence se manifeste par la diminution progressive du temps nécessaire à l’établissement de l’immunité, temps qui, après vingt-cinq passages de lapin à lapin, se maintient définitivement à sept jours. Voilà le virus renforcé au point de vue de la vitesse d’action immunisante.

D’autre part, Pasteur découvre que la dessiccation est un autre moyen d’atténuer le virus rabique au point de vue de son action pathogène, de faire disparaître cette action pathogène, de transformer le virus en vaccin. Avec Chamberland et Roux, il montre que la moelle des lapins, morts enragés après inoculation du virus le plus virulent, perd peu à peu de son activité, si on la soumet à la dessiccation (en évitant la décomposition cadavérique) : la période d’incubation de la rage ainsi provoquée devient graduellement plus longue ; la virulence pathogène huit par s’éteindre complètement après treize ou quinze jours (sans que, bien entendu, la puissance vaccinante ait disparu). On s’arrange alors pour avoir des moelles, de ce virus atténué, à un tel degré de virulence, qu’elles ne donnent jamais la rage et confèrent l’immunité antirabique en moins de quatorze jours.

Les expériences sur les animaux avaient toutes réussi parfaitement. Mais le moment fut solennel quand on dut tenter ce procédé de vaccination chez l’homme. Un enfant de neuf ans, Joseph Meister, qui avait été mordu le 4 juillet 1885 à la jambe et aux cuisses par un chien enragé, fut adressé à Pasteur par Weber de Villé. Les blessures étaient profondes. Vulpian et Grancher, consultés par Pasteur, le pressèrent d’essayer, sur cet enfant qu’ils considéraient comme voué à la mort, la méthode qui réussissait constamment chez les chiens. Le jeune Meister