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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/398

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l’inoculation ajoutait les atteintes accidentelles, les foyers d’explosion locales, grâce auxquels la variole devenait véritablement endémique et permanente en Europe. »

La variolisation était donc une méthode rationnelle ; elle a rendu des services et a diminué la mortalité par la variole ; mais elle était dangereuse, et ne pouvait pas être généralisée. Ce procédé n’assurait la prophylaxie de la variole ni chez l’individu, ni dans la société : ce qu’a fait la vaccine de Jenner.


II

Dérivée d’une observation empirique et populaire, la découverte de la vaccine par Jenner (1796-1798) est vraiment une œuvre scientifique, fruit de vingt ans de travail d’un médecin de génie. Jenner était, dit Surmont, un des propagateurs de la variolisation dans le Glocestershire, où il exerçait la médecine à Berkley, son pays natal. Dans le Comté, une tradition populaire voulait que les individus chargés du soin des vaches fussent épargnés par la variole. Aux Indes, dit Kelseh, cette notion parait être aussi ancienne que la variolisation [1].

Ces vachers, réfractaires à la variole, avaient présenté antérieurement, sur les mains, des pustules analogues à celles de la petite vérole et ils avaient contracté ces pustules en soignant des vaches atteintes d’une maladie spéciale, le cowpox, caractérisée par le développement de pustules sur les trayons.

Jenner confirma d’abord scientifiquement le fait, vaguement établi par la tradition : il vit que la variolisation, tentée chez les vachers, échouait. Donc le cowpox paraissait être la variole de la vache et, accidentellement inoculé à l’homme, il le préservait de la variole, naturelle ou provoquée.

Puis Jenner complète cette démonstration en inoculant lui-même le cowpox à des sujets sains et démontre que la variolisation échoue ensuite sur les sujets ainsi inoculés.

Enfin, — et c’est le troisième temps de sa démonstration et de sa découverte — il montre que le virus des pustules,

  1. Vers 1780, Rabaut Pomier, pasteur protestant à Marsillargues près de Lunel, apprit que les bouviers qui contractaient la picote des vaches en les trayant étaient préservés de la petite vérole. Il parla de ce fait à un médecin anglais Pew, qui venait passer l’hiver à Montpellier : « Celui-ci promit de faire part de cette communication, dès qu’il serait de retour en Angleterre, au docteur Jenner, son intime ami et qui s’occupait beaucoup de ce sujet. » (Docteur Rondelet.)