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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/395

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de maladies infectieuses développent, chez le sujet qui en est atteint, un état de défense victorieuse contre les atteintes ultérieures de la même maladie.

De cette constatation naquit naturellement la pensée que, pour préserver un homme des atteintes ultérieures d’une variole grave, peut-être même mortelle, on devait lui inoculer ce virus varioleux, quand on pensait pouvoir se le procurer au cours d’une épidémie bénigne, chez un malade peu gravement atteint et l’inoculer à un sujet bien portant, en bon état actuel de défense personnelle. Voilà l’origine de la variolisation ou inoculation préventive de la variole aux sujets sains pour les préserver d’une variole grave ultérieure. La variole fut, dans les siècles passés, « la plus redoutable et la plus redoutée des maladies populaires, » tuant un très grand nombre (jusqu’à 70 pour 100) de malades et défigurant ceux qui guérissaient.

« Las de lutter inutilement contre ce redoutable ennemi, dit Kelsch, l’homme conçut le projet de le combattre par lui-même. Longtemps avant l’inoculation, la tendresse des mères exposait les enfans à la contagion dans les temps où la variole se montrait bénigne pour en conjurer les atteintes dans les années où domineraient ses formes graves… » La variolisation, aussi vieille que la variole elle-même, était en usage aux temps les plus anciens « dans l’Extrême-Asie, chez les Chinois et les Indiens, et sur le continent africain, notamment dans l’Ethiopie, dans la Nubie et la Barbarie. Il paraît que cette pratique était également très ancienne dans la Géorgie et la Caucasie, où se recrutent les harems de Perse, de Turquie et d’Egypte. C’est moins la tendresse maternelle que le trafic, qui s’y fait de la beauté, qui y suggéra cette hardie méthode. »

A la fin du XVIIe siècle, la variolisation passe en Thessalie, puis à Constantinople, d’où lady Wortkley Montague, témoin des heureux résultats qu’elle donnait au milieu de la colonie grecque des Fanariotes, fit inoculer son fils par une vieille Thessalienne, qui, possédant le monopole de la variolisation, avait, dit-on, variolé ainsi quatre mille enfans.

Lady Montague importa la méthode en Angleterre, vers 1720 ; elle fit inoculer sa fille à Londres ; et la variolisation se répandit dans les pays de langue anglaise, malgré une vive opposition des théologiens et aussi des médecins, qui voyaient d’ailleurs les cas de mort se multiplier d’une manière effrayante après