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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/388

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la poursuite calme et assurée des choses les plus difficiles donner le sentiment que rien n’est impossible, posséder en effet ce je ne sais quoi de mystérieux et de dominateur qui sacre les rois de la volonté : tels sont les privilèges des êtres faits pour le commandement, et tels furent, dès qu’il eut à les employer, les dons d’un obscur capitaine. Nul de ses officiers n’échappa à cet empire qu’ils demeurent fiers d’avoir subi, mais la ferveur intacte de leur tendre respect n’est pas un aveu d’inégalité naturelle, mais une déférence des compagnons.

Il n’est pas en effet un de ces êtres isolés dont la hauteur domine la médiocrité ambiante, et qui, fruits superbes et illogiques d’un sol inculte ou épuisé, apparaissent dans leur temps comme des signes de contradiction. Lui est un fils légitime de sa race, l’élève d’une éducation, le premier entre des égaux, et voilà le caractère le plus noble de sa maîtrise. Ses compagnons et lui avaient été formés ensemble dans la plus grande école d’initiative, d’autorité, de caractère, qui fût ouverte aux français de leur siècle. Ils étaient de cette armée qui, à la fois conquérante et colonisatrice, prolonge et honore la France en Afrique. Là, immensité du pays, lenteur des communications, surprises hostiles du climat, des animaux et des hommes, conduite de la guerre et gouvernement de la paix, tout enseigne la constance des efforts, l’ingéniosité des moyens, la promptitude des actes, la patience des attentes, et oblige ceux qui exercent l’autorité à accroître leurs aptitudes et à multiplier leurs professions. Cette discipline commune avait préparé d’avance les officiers de la Mission aux épreuves qu’elle leur réserva. Elle leur avait donné, non le courage qu’ils n’avaient pas eu à apprendre et dont ils ne voudraient pas être loués, mais ce secret d’endurance qui, dans le corps épuisé, garde intactes les énergies de l’âme ; mais cette intelligence collective de ce qui, en toute occasion, était à faire ; mais cette variété d’aptitudes qui transformait, selon les besoins, ces soldats en géographes, en architectes, en astronomes, en diplomates, en garde-magasins, en ouvriers ; mais cette simultanéité de concept qui unit sans cesse leurs intelligences, cette hâte d’obéissance qui souvent précéda les ordres, cette collaboration qui, spontanée ou soumise, assura chaque jour par les actes les plus différens l’unité de l’œuvre.

L’Afrique où les officiers vivent déracinés de leurs affections