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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/382

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nous avoir chassés. Mais I âpreté croissante de son ambition des contraignait à la lutte s’ils n’acceptaient pas sans lutte leur déchéance.

Or il ne serait pas aussi facile à l’Angleterre d’en finir avec eux. La sûreté avec laquelle ils avaient d’un coup, et sans épuiser leur effort, brisé, en une grande bataille, l’armure italienne prouvait leur valeur militaire. Contre eux l’Angleterre ne pourrait combattre qu’avec des troupes égyptiennes. Les Egyptiens, dans leur climat amollissant et dans leur sol sans frontières, comptaient leurs siècles par leurs servitudes ; les Abyssins n’avaient jamais été conquis. Les Egyptiens, lassés depuis peu d’un long esclavage par un rêve de liberté, et pour qui l’indépendance avait l’attrait de l’inconnu, trouvaient dans l’Angleterre une souveraine étrangère de plus, capable de leur assurer avec moins d’injustice l’ordre, mais destructrice, par sa présence même et jusque par ses bienfaits, de leurs ambitions nationales. Ils avaient conscience que plus ils serviraient la puissance britannique, plus ils enchaîneraient l’Egypte. Le patriotisme faisait un bloc de tous les Abyssins, il élargissait une secrète, mais irréparable tissure entre l’Angleterre et ceux qu’elle devait employer au succès de ses desseins. A Fachoda, dans le bataillon égyptien qui avait été débarqué pour nous garder à vue, nombre d’officiers et de sous-officiers nous ont confié leurs sympathies pour nous. Le Journal note, à la date du 8 novembre, une réunion où le docteur en a entendu plusieurs exprimer « la joie ardente qui a secoué tons les patriotes égyptiens à la nouvelle de notre présence ici. Pour eux, c’était l’évacuation de l’Egypte qui se préparait et s’annonçait, c’était la patrie bientôt libre, grâce à l’intervention de la France. « Quelques jours avant, les craintes des Anglais au sujet de nos renforts et leur décision « d’arrêter notre vapeur et de le couler s’il ne voulait pas se laisser visiter, » nous avaient été apprises par un soldat égyptien et il avait ajouté : « S’il y avait un conflit entre vous et les Anglais, nous ne tirerions jamais sur vos soldats qui sont des Soudanais comme nous, qui sont nos frères. Nous viendrions plutôt nous mettre dans vos rangs. » Et dans ce poste même du Sobat, qui avait été chargé de tirer sur le Faidherbe, un des officiers disait aux nôtres : « Nous serons sans doute contraints de combattre contre vous. Mais notre vœu le plus cher sera d’être vaincus. Qu’importe notre vie, pourvu que notre patrie soit libre ! » Au