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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/371

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enveloppant par la conquête de l’Ouganda. Si elle parvient à rejoindre l’Ouganda par la vallée du Nil, elle ferme le blocus. Au peuple en danger, s’il ne consent pas que ses richesses naturelles, son industrie naissante, sa croissance légitime subissent, comme des affamés, la merci du vainqueur, une seule chance reste : prévenir la fermeture de la circonvallation, s’assurer la plaine étendue au pied de ses montagnes jusqu’au Nil. Il lui faut l’accès du fleuve pour s’ouvrir le Soudan et exercer, sur les multitudes qui peuplent cette immensité, l’influence due à la plus brave et la plus intelligente des races indigènes, à la seule qui parmi elles possède le germe de toutes les fécondités, une tradition rudimentaire, mais antique de croyance chrétienne. Le respect dû au droit à la vie pour tout peuple, et au droit à la puissance pour les peuples qui autour d’eux sont des maîtres de civilisation eût suffi pour intéresser la France à l’avenir de l’Abyssinie. Combien plus lorsqu’elle-même entrait en rivalité avec l’Angleterre et songeait à reparaître sur le Nil. Qu’Abyssins et Français y parviennent de concert et s’établissent en face. Français sur la rive gauche et Abyssins sur la rive droite, l’opération accomplie par chacun d’eux apporterait à l’autre des avantages essentiels. A l’Abyssinie, devenue notre voisine, un grand marché d’échanges, la collaboration éducatrice de notre industrie, le secours de notre bienveillance diplomatique et de notre savoir militaire ; à la France, une réserve inépuisable de soldats aguerris et proches, contre tout ennemi de la conquête commune et solidaire. Et cet ennemi, fût-il le peuple britannique, il lui deviendrait bien difficile de briser, par des coups portés de trop loin, une défense qui se pourrait réparer sur place. La France avait compris cela et saisi, pour le faire comprendre aux Ethiopiens, le moment où leur empereur était Ménélick, où l’attaque de l’Italie leur avait montré le péril de leur situation, où leur victoire d’Adoua, exaltant la fierté nationale, rajeunissait leur espoir de grandeur. Des pourparlers engagés s’étaient changés en accord. Ménélick avait promis son concours. Il partirait de ses montagnes, suivrait les cours d’eau qui en descendent pour se jeter dans le Nil. Les Français le trouveraient établi sur la rive droite du fleuve quand ils atteindraient la rive gauche.

Voilà ce qui a été affirmé au capitaine Marchand quand on lui a offert de partir, voilà ce qu’il a redit à ses officiers pour