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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/367

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préparer l’hydrographie, et le lieutenant Largeau s’engage dans la Waou qu’il doit suivre jusqu’à la source.

Tout à coup, de proche en proche et de peuplade en peuplade, court le bruit que des blancs en grand nombre s’avancent du Midi, nouvelle confuse et rapide comme les nuées d’orage qui, dans ce pays, s’amassent du Sud. Seraient-ce des Anglais de l’Ouganda, ou des Belges du Congo, ou rien, car dans ce ciel l’imagination aussi a ses mirages ? Pour n’être pas surpris par les vrais dangers, le mieux est de se garder même contre les périls chimériques. Le lieutenant Gouly part avec vingt-cinq tirailleurs pour battre, aussi avant qu’il pourra, la brousse dans le Sud. Le second de Marchand, le capitaine Germain, avec cinquante-cinq Sénégalais, marchera au Sud-Est jusqu’à la Mechra, ruine d’une redoute élevée par les Egyptiens sur le Bahr-el-Gazal, et, pour la remettre en défense, Mangin abandonne les rives-du Soueh. Ces mesures de précaution contre les blancs, qui n’apparaissent pas, sont près de provoquer un soulèvement des indigènes que cette occupation militaire inquiète. Il suffirait de leur hostilité pour anéantir, sinon la troupe perdue au milieu d’eux, au moins les chances de marche sur le Nil. Germain, contre des menaces parfois violentes, a besoin d’autant de fermeté que de patience pour conserver à la fois la place et la paix. Et pour calmer partout autour des postes l’émoi des indigènes, ce n’est pas trop que Marchand, négociateur infatigable, distribue et renouvelle les bonnes raisons et les perles plus persuasives encore.

A peine se rassure-t-on sur les projets des chefs, l’inquiétude grandit d’une hostilité autrement menaçante, qui, silencieuse et invisible, relient, déjà, comme un otage ou une victime, un des chefs les plus nécessaires à tous. Février s’achève ; Baratier, parti pour quinze jours, est absent depuis huit semaines. Rien de lui. Quel obstacle l’arrête et garde prisonnière sa voix même ? Et s’il n’a pu passer, comment passera l’expédition ? Le 1er mars, Largeau, rappelé de la Waou, va par terre à la recherche. Il envoie d’abord quelques lettres ; elles indiquent la persistance de mauvaises dispositions chez les indigènes : il les a entendus discuter sa mise à mort, moins effrayé de ces menaces que des boues où il enfonce. Ensuite, de Largeau non plus, rien. Est-ce fait de lui, comme de celui qu’il voulait retrouver ? On se le demande jusqu’au 26 mars, « jour à marquer d’une