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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/360

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Le « journal de route » du docteur Emily


I

La plupart des événemens mêlés aux jours d’un peuple n’intéressent guère son souvenir, sinon par les modifications qu’ils apportèrent à ses destinées. Quelques entreprises pourtant, n’eussent-elles rien changé au train du monde, valent par elles-mêmes, quand les énergies, la constance, les sacrifices qui les ont soutenues ont grandi la nature humaine. L’essentiel est connu dans le commun des actions, quand on en sait le but et les résultats, l’alpha et l’oméga de l’histoire. Mais il faut épeler par toutes leurs lettres les inscriptions magnanimes que certains ouvriers ont gravées à coups de vertus sur la dureté hostile des choses, car seul le détail des efforts et des souffrances révèle et mesure les mérites oubliés par le succès.

Fachoda est demeuré, dans la mémoire, comme un mot synthétique d’espoir, d’admiration et de deuil. Il rappelle un retour offensif de notre énergie pour reprendre en Egypte les droits acquis par un siècle de persévérance et perdus en une heure de faiblesse ; il rappelle une marche à travers l’inconnu de l’Afrique jusque sur le Haut Nil ; il rappelle une retraite sans combat, sans délai, sans compensation, sous la menace d’une guerre immédiate à laquelle l’Angleterre était prête et que nous n’avions pas prévue.

Au lendemain de cet abandon, les politiques se sont combattus sur l’opportunité ou sur l’imprudence de l’aventure, sur l’urgence ou sur la maladresse de la résignation et la France a