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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/355

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épuisées pour déchaîner « la force bulgare ; » et cependant, il risquait sa popularité, son troue et même sa vie. Les Serbes voyaient en frémissant les Arnaoutes exterminer leurs frères chrétiens de la Vieille-Serbie. M. Venizelos lui-même n’a-t-il pas eu, il y a quelques mois, le courage de refuser l’entrée du parlement d’Athènes aux députés crétois ? et pense-t-on que l’opinion, en Grèce, n’ait pas été exaspérée d’une si longue incertitude sur l’avenir de la Crète ?

Comme les enfans qui grandissent et deviennent des hommes sans que leurs aînés s’en rendent compte, les petits Etats de la péninsule ont tout à coup prouvé qu’ils avaient atteint l’âge de la force et de la raison. Dans un livre daté de 1906, une haute personnalité bulgare [1] écrivait : « Ceux qui dirigent les destinées des grands Empires croient trop facilement que les petits peuples obéiront toujours à leur voix et qu’ils s’imposeront toutes les résignations, qu’ils supporteront les pires souffrances, plutôt que de résister à leur volonté et de gêner leurs plans. ». Malgré tant et de si justes prédictions, la diplomatie européenne paraît avoir été surprise. Se liant aux enseignemens du passé, elle ne croyait pas possible une entente des quatre puissances balkaniques ; et de fait, pour qu’elle se réalisât, il a fallu des circonstances exceptionnelles dont la rencontre, il y a peu de mois encore, pouvait paraître invraisemblable.

La dernière chose dont s’avisent souvent les peuples comme les individus, c’est de leur véritable intérêt ; presque toujours leurs passions, leurs inimitiés, obscurcissent chez eux le sens du réel et de l’utile. Serbes, Bulgares et Grecs se disputaient, depuis longtemps, la Macédoine qu’à la faveur de leurs querelles les Turcs continuaient à posséder en toute sécurité. Quel est l’homme de génial bon sens qui s’est avisé qu’avant de se disputer la peau de l’ours, il faut d’abord le mettre par terre et que mieux vaut encore n’avoir pas tout ce que l’on souhaite que de n’avoir rien ? Probablement le roi Ferdinand et ses conseillers MM. Guéchof et Daneff. Mais les conditions dans lesquelles a été négociée et conclue l’alliance des quatre Etats est un secret. Les visites échangées en 1909 et 1910 entre les cours de Belgrade et de Sofia préparaient les voies à un rapprochement que le roi Ferdinand souhaitait et dont l’initiative première avait été

  1. Draganov (pseudonyme), la Macédoine et les Réformes, p. 4 (Plon. in-8).